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Slogans pour les prochaines révolutions, Denis Langlois

Clément Solym - 05.05.2008

Livre - slogans - revolutions - Denis


Bon, que l’on s’entend tout d’abord sur un point. Je suis contre les révolutions. D’abord parce qu’étymologiquement, elles tournent en rond. Ensuite, parce qu’on ne sait jamais de quel côté à elles vont tourner, à moins d’en être l’instigateur. Bref, le livre de Denis Langlois m’a d’ores et déjà tout lieu d’être un obscur manuscrit conspirantiste, visant à faire asseoir la domination de l’humour sur le sérieux des projets révolutionnaires, autant que de surfer sur la vague commémorative 68. Mais de ce point de vue, ce n’est pas vraiment à lui que j’en voudrai le plus…

D’autant que Denis a reçu toute ma sympathie, lorsque j’ai constaté, un, qu’il m’avait dédicacé son livre, deux, qu’il est objecteur de conscience. C’est un bon point assurément, mais encore faut-il que la célébrité et le succès le comblent. Parce que sinon, sa signature ne vaudra rien, et que j’aurais juste un sale graffiti sur mon joli bouquin…

Comme tous les ouvrages de ce genre, Slogans fait un inventaire à la Prévert de tout un tas de phrases-chocs, bien centrées en milieu de pages, et dans des polices variées pour ne pas que le lecteur s’ennuie ou se lasse à force de subir des revendications politicosociales. Quelques audaces valent cependant le détour, mais pas assez nombreuses pour en faire un ouvrage édifiant.

Une question vous assaille : va-t-il nous parler de sa facture de gaz, ou bien nous citer quelques exemples ? Eh bien, j’hésite… « Internet ne vaudra jamais une bonne barricade au coin de la rue » Ah, ben finalement, j’ai tranché. En même temps, je me demande si ma facture de gaz n’aurait pas plus de pertinence. Je suis âpre ? Oui, mais c’est une attitude quotidienne.

Car les slogans ici développés ne manquent en effet pas d’humour (« fracture sociale, j’ai cassé le bras à un flic »…), mais ils se teintent régulièrement d’une amertume passéiste, façon revival de mai 68. Oui, évidemment, c’est l’intention, mais enfin, on plonge la plupart du temps dans des slogans assez convenus, attendus et même pour certains un brin lourdingues.

 Oh, pour ça, c’est du politiquement incorrect, voire vindicatif. On va de Charybde en Scylla avec des « Ne placez plus votre vie à 3 % à la Caisse d’épargne » pour aboutir à un « Je ne suis pas rentables, mes actes sont gratuits »… On a l’impression au fil du texte de réciter des mantras dirigés contre le démon Gran Kapital, et que ça n’en finira jamais.

Mais on a du mal à incriminer les quelques appels du pied lancés par Denis à l’attention des nostalgiques de la barricade, des manifestations « élections piège à cons » et autres défenseurs d’autonomie, briseurs de règles et tutti quanti ! D’autant que le père Denis confesse sans ambages ses rêveries d’antan et ses regrets de 68ard sur le retour.

Alors mauvais livre ? Bah nan... Qu’on rentre ou non dans ce délire, Slogans propose de quoi ne pas réfléchir aux prochaines revendications et clameurs populaires dont la foule peinturlurera les murs des villes. Et des campagnes. Où l’on entendra mugir de féroces soldats qui viendront jusque dans nos bras, etc., etc., etc. Et en ce sens, on en a pour ses 10 €. Maintenant, comme le Jour de la Révolte n’est pas encore pour demain, encore qu’il faut voir ce que les lycéens nous réservent pour la suite, au grand désespoir de Denis, on pourra toujours tourner autour du tombeau, en se frottant le menton. Quant à la conclusion, « Je voudrais tant revenir aux derniers jours d'avril 1968 », elle donne le ton.

Lancer des pavés, ou recevoir les pavés… Là est la question.



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