Sol, de Raluca Antonescu : partir pour se trouver... et se rater ?

Auteur invité - 09.10.2017

Livre - exil pays parents - exil famille Roumanie - Raluca Antonescu roman


Avec SOL, Raluca Antonescu passe haut la main l’épreuve du deuxième roman.

 

Après L’Inondation, publié en 2014, livre étonnant et liquéfiant, à plusieurs étages, pour de bonnes raisons fictionnelles et poétiques, la Suissesse d’origine roumaine traverse le temps et l’Europe : SOL est avant tout un roman d’exil, de projection, de refuge permanent. Les étages de L’Inondation sont ici générationnels, topographiques, personnels. 




 

À travers lés péripéties de la famille Cioban, SOL couvre 50 ans d’histoire (s), des années 70-80, en Roumanie, à nos jours, en Suisse, répartie(s) en 5 tranches — Argile, Sable, Calcaire, Humus, Terre — dont la chronologie est facile à reconstituer.

 

Au-delà de ces cinq titres un peu rébarbatifs et de leur symbolistique joliment justifiée, on est happé par le talent narratif de l’auteure : qu’il s’agisse du truculent portrait du vieux Cioban (son flot d’injures contre le dictateur-génie de mon cul tient du folklore), des relations sociales dans la Roumanie de la terreur ou dans la Suisse terre d’accueil, ou bien du rapport des personnages aux autres, au monde extérieur ou intérieur, la plume de Raluca Antonescu sait en faire des moments forts, bouleversants. 

 

Elle saisit le détail qui parle et le rend émouvant dans le contexte, tel un peintre qui trouve la bonne touche de couleur pour rendre son tableau vivant. Sa phrase se pose, juste, sonore, la lumière et le mouvement sont là, les ressorts émotionnels de l’intrigue font le reste : Raluca Antonescu cisèle son talent de conteuse hors pair entrevu dans son premier ouvrage.

 

Entre la Roumanie du silence et des privations et la neutralité de l’abondante Suisse, il y a un pays qui n’est pas sur la carte et que chacun doit configurer selon les moyens du bord. La dignité ne donne pas de visa et la galère des expatriés ne s’arrête que pour mieux repartir. Oui, l’exil et la recherche identitaire sont au menu, mais le livre réserve plein de surprises culturelles, de brillantes séquences d’écriture, des tonalités différentes, des sujets venus de tous les horizons. 

 

Privilégiés par l’auteure, les thèmes de l’adoption en Roumanie ou des enfants en perdition en Suisse sont des allégories. SOL est une déchirure grand ouverte dans laquelle nous pouvons tous tomber.

 

On ne quitte pas son pays pour s’enrichir. Seulement les abrutis le font pour cette raison. On quitte son pays pour s’affranchir, pour se (re)trouver. Mais, au bout du chemin, on peut très bien rater le rendez-vous avec soi-même.

 

En épigraphe à SOL, Raluca Antonescu a mis ces mots : « Pour mes parents et leur infini courage. » Fuir son propre pays est, en effet, une douleur qui ne finit pas. Pour un peu, dans son hommage entrent tous les réfugiés sur la terre. Même ceux qui n’ont jamais quitté leurs pénates. 
 

par Radu Bata
 

Raluca Antonescu – Sol – Editions La Baconnière – 9782940431717 – 18 €

 

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Pour approfondir

Editeur : La Baconniere
Genre :
Total pages : 364
Traducteur :
ISBN : 9782940431717

Sol

de Raluca Antonescu

En pleine Roumanie de Ceaucescu, deux jeunes adolescentes sont forcées par leurs parents à fuir leur pays et leur famille. La plus jeune soeur a intégré l'équipe junior roumaine de tir et elles sont exceptionnellement autorisées à se rendre en Suisse disputer un tournois international. Elles ne rentreront pas. L'intégration de chacune de ces deux femmes à leur nouvelle vie se fera de façon totalement divergente. Ce roman se penche surtout sur la deuxième génération d'immigrés et sur la très délicate question du rapport à leurs familles et à leurs origines. Raluca Antonescu va tout mettre en oeuvre pour créer un sol, couche par couche, du calcaire à l'humus, à son personnage principal, Johan, fils de la tireuse d'élite, morte dans un accident. C'est un roman familial de lecture aisée qui gagne en profondeur par le point de vue artistique et non littéraire de départ. Venant des Beaux-arts, Raluca Antonescu utilise souvent les matières comme point de départ d'une scène. Elle excelle ensuite dans le rendu des descriptions et des dialogues. Ses personnages sont attachants, finement construits et évolutifs.

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