Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Solaire de Ian McEwan

Clément Solym - 05.05.2011

Livre - solaire - ian - mcewan


L’histoire commence comme un mauvais vaudeville. Michael Beard, la cinquantaine, gros, chauve, assez moche malgré tout mais intelligent, marié pour la 5ème fois est cocu. Horreur !

De surcroît, sa femme le trompe avec un vulgaire maçon, « aux pectoraux un peu flasques sous une récente couche de graisse, avec un ventre de buveur de bière et de mangeur de hamburger », lui le prix Nobel de physique. Même si de son côté, il ne s’est pas gêné pour comptabiliser 11 liaisons adultères en 5 ans, décidemment être trompé est insupportable et divorcer, inconcevable, surtout quand sa femme lui apparaît brusquement encore très séduisante et désirable.

En quelques lignes, le ton est donné. Ian McEwan nous plonge dans une comédie à la fois burlesque et cynique, hilarante même parfois, notamment lors de la 1ère partie. Même si le héros est antipathique, plein de défauts, il gagne toute l’empathie du lecteur, littéralement charmé, et emporte son adhésion lors de ses nombreuses péripéties désopilantes comme l’histoire des chips, par exemple, absolument géniale et renversante dans ses effets différés.

Pour échapper à son déshonneur, Michael Beard accepte une mission sur la banquise, récit inénarrable et inégalé, à mon avis, dans la suite du roman ; vraiment très drôle où le ridicule du personnage dans des situations toutes aussi insolites déclenche sans difficulté et avec bonheur les rires du lecteur, vraiment conquis.

L’histoire pourrait d’ailleurs s’arrêter là, construite comme une nouvelle à part entière. Mais c’est sans compter sur les ardeurs de sa femme qui jette son dévolu sur un jeune collègue à lui, un « catogan » et l’entraîne alors vers un destin auquel il ne s’était pas préparé : sauver l’humanité !

Quelques années et un divorce plus tard, Beard, encore plus gros, malade et vieilli, entreprend de nouveaux voyages, conquiert d’autres femmes et devient, malgré lui, un défenseur de l’environnement. Avec un brin de malhonnêteté et de mauvaise foi, il se lance dans l’élaboration de panneaux solaires de nouvelle génération qui vont permettre de produire de l’énergie propre. Il espère ainsi relancer sa carrière.

Sous des aspects quelquefois très scientifiques et un jargon pas toujours évident pour un lecteur non averti, McEwan oppose avec ironie l’égoïsme, le narcissisme et l’individualisme de Beard à l’intérêt général que sa mission est censée défendre. Il pointe avec cynisme l’opportunisme du personnage devant une prise de conscience collective, ses bassesses individuelles, son côté minable face à un enjeu humanitaire auquel il n’a que faire, en réalité.

A travers ce personnage, c’est aussi la satire féroce de certains milieux universitaires. On rit beaucoup assurément même si les nombreuses références scientifiques en physique quantique et climatologie, souvent érudites, pèsent sur le rythme de l’histoire et ennuient un peu la non-scientifique que je suis. Mais bon, la 1ère partie est tellement excellente, hilarante, qu’elle suffit à rendre la lecture de ce livre, indispensable et résolument savoureuse. Depuis Groucho Marx (ou encore Updike et Sharpe), on avait rarement autant ri, un livre à la main.


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