Sombre dimanche : la maison de Budapest

Mimiche - 10.04.2015

Livre - Littérature française - Prix du livre Inter - Hongrie


C'est Imre Mandy, l'arrière-grand-père d'Imre qui avait acheté le terrain, aux portes de Budapest, pour y construire la maison de bois au fronton de laquelle il avait inscrit son nom et son prénom. Tous les aînés mâles de la lignée s'appelaient ainsi.

 

Puis l'agglomération et ses activités s'étendant, ce sont les rails du chemin de fer, à la sortie de la gare, qui étaient venues grignoter l'espace autour de la maison mais ils n'en avaient jamais été expulsés. Ils avaient résisté. Même si un énorme transformateur était venu s'implanter au fond du jardin. Même si avaient commencé à s'accumuler, à proximité des rails, tous les déchets jetés par les voyageurs par la fenêtre des trains, déchets que le grand-père entassait au bout du lopin de terre qui leur restait maintenant au bout de la maison.

 

Les générations se succèdent et cohabitent : Imre et Sarah, Pal et Ildiko, Imre et Kristen. Quand certains s'éloignent, c'est pour toujours. Loin. Très loin. Pour ne plus jamais revenir dans ce lieu où s'entrecroisent des histoires tues, scellées, enfouies car trop lourdes à porter, trop terribles à admettre. Des histoires dont la réalité n'est même pas connue de tous.

 

D'autres s'éloignent pour mieux revenir. Quand tout s'écroule, c'est encore là le seul lieu où il est possible de retrouver un certain équilibre, un certain modus vivendi y compris si c'est seulement avec soi-même. Même si cela ne règle rien, cela rend tout supportable tout en interdisant un retour à une normale qu'aurait pu laisser espérer un départ, une sortie hors de ce cercle fermé sur ses peurs anciennes et sa torpeur présente.

 

Un retour dans la maison au bord des rails veut dire une rupture avec l'extérieur, un renfermement sur l'ombilic.

 

J'ai beaucoup aimé ce livre d'Alice ZENITER pour l'ambiance dans laquelle il nous confine de la première à la dernière page. Une ambiance oppressante, grise et triste. De la tristesse des souvenirs qui hantent les habitants de cette maison et mord sur leur quotidien.

 

Au fil des pages, s'éclairent les heures passées qui ont conduit à ces replis successifs sur soi-même et qui posent une chape de plomb sur tous les habitants de ce qu'il faut bien appeler un taudis même si ceux-ci ne le vivent pas ainsi.

 

Il est particulièrement saisissant de pénétrer petit à petit dans toutes les zones d'ombre qui forgent les caractères de chacun, expliquent les comportements, justifient les moindres gestes. Et c'est fait avec beaucoup de tact, beaucoup de simplicité, beaucoup de retenue et de délicatesse. Alors que les faits sont durs, implacables, insoutenables.


 

 Au fur et à mesure des pages, le lecteur prend conscience de toutes les meurtrissures individuelles que le cocon de la famille, même si tout n'est pas explicitement exprimé, rend supportable.

 

C'est une vie de petites vies accolées les unes aux autres. Des vies ni de salauds ni de saints. Des gens d'une « banalité insoupçonnée » qui « (regardent) leur nombril, (tremblent) pour leur nombril et (protègent) leur nombril ». Des humains pleins de faiblesses.

 

Sur fond d'Histoire compliquée d'un pays d'Europe centrale qui a subi toutes les vicissitudes du vingtième siècle, l'histoire simple de cette famille est empreinte d'une humanité tourmentée qui rejoint certainement la légende triste de l'âme slave.

 

Aucun doute sur le fait que les auditeurs de France Inter qui ont attribué le Prix du Livre Inter 2013 à ce roman ont fait un bon choix.