Songe à la douceur de Clémentine Beauvais : aimer sans remord ni regret

Anahita Ettehadi - 09.07.2016

Livre - Songe à la douceur - Clémentine Beauvais Sarbacane - aimer remords regrets


Clémentine Beauvais (Comme des images, Sarbacane, 2014 ; Les petites reines, Sarbacane, 2015) interprète Eugène Onéguine, d’Alexandre Pouchkine et Piotr Tchaïkovski, donnant naissance à un fabuleux roman en vers  : Songe à la douceur (Sarbacane, coll. Exprim », 2016). 

 

 

 

Eugène et Tatiana se rencontrent à l’âge où l’on rêve d’éternel, où l’on fait d’incroyables promesses. L’âge où l’on vit ardemment, où l’amour rend fou. Il a dix-sept ans, se la joue poète maudit, elle, n’en a que quatorze, et l’âme un peu fleur bleue. Il est le meilleur ami de Lensky, qui est amoureux d’Olga, la grande sœur de Tatiana. Cet été-là, ils se cherchent, se croisent, se heurtent, s’apprivoisent… Jusqu’à ce qu’une tragédie les sépare. 

 

Dix ans plus tard, il se retrouvent, par hasard, et l’étincelle rejaillit. Ils ne sont plus tout à fait les mêmes qu’autrefois, moins naïfs, mais pas moins ravis que le destin en ait décidé ainsi. Ils dansent, ne font que s’effleurer malgré le désir ardent, omniprésent, qui les consume. Les mots qu’ils se murmurent tous les jours sont chargés d’amour. Un amour certes tue, à peine suggéré, mais indicible et puissant. Ils tâtonnent, doutent, tergiversent… Et leur danse n’en est que plus belle. 

 

Songe à la douceur est un roman hors du commun, brûlant de poésie, étincelant d’émotions. Les mots de Clémentine Beauvais tressent une corde autour du cœur du lecteur (du cou, aussi, parfois), l’invitant à se perdre totalement dans cette aventure à la fois délirante et passionnée. À l’écoute de la première note, de la première voix, l’on est ensorcelé par le rythme, les rimes, qui ricochent sur nos souvenirs d’enfance, nos amours brisés, non-partagés, fantasmés. 

 

Songe à la douceur oscille entre le comique et le tragique – une alchimie parfaite teintée de spleen baudelairien. Le récit est truffé de références à la fois classiques et modernes, tantôt graves tantôt légères, qui sans cesse arrachent un triste soupir ou un franc sourire au lecteur. La disposition des vers est à l’image du ballet orchestré par les jeunes tourtereaux  : désordonné, fulgurant, anxieux, maladroit  ; chaque mot, et surtout chaque silence, trouvant ainsi sa juste place, tant dans l’esprit du lecteur que sur le papier. 

 

Cette histoire d’amour – universelle, unique – met en avant une notion que l’on a tendance à négliger  : le temps. Car, finalement, lorsque deux êtres se rencontrent et que la magie opère, qu’au creux de leur ventre naissent des certitudes, des évidences, n’est-ce pas le contexte qui, trop souvent, décide à leur place ? N’est-ce pas le temps, le fourbe dans l’affaire ? Une différence d’âge, une rencontre prématurée, des projets d’avenir différents… autant d’éléments qui font que deux personnes pourtant capables de s’aimer ne peuvent être ensemble. Ou alors, si, peut-être. Après tout, qui vivra verra… 

 

Songe à la douceur est une douce promesse, une chimère littéraire, qui met du baume au cœur et apprend à aimer sans remord ni regret. 

 

sortie fin août 2016