Sorj Chalandon, d'hier en demain

Mimiche - 25.10.2018

Livre - Sorj Chalandon roman - jour d'avant


ROMAN FRANCOPHONE – Le 27 décembre 1974, à la fosse Saint Amé de Liévin, a lieu un terrible accident au puits n° 3bis. Au petit matin. À la reprise du travail, après plusieurs jours de congés de Noël. Une formidable explosion dans les galeries de la mine de charbon, par 700 mètres de fond, va faire 42 victimes et plusieurs miraculés.




 

Joseph Flament faisait partie des accidentés, mais décédera de ses blessures un mois plus tard à l’hôpital. Son père, agriculteur dans ce pays de charbon, ne supportera pas cette perte et se suicidera quelque temps plus tard.

 

Son frère, Michel, qui admirait autant que lui Steve Mac Queen, conducteur émérite d’une Porsche 917 dans le film Le Mans qu’ils avaient vu ensemble, portera une tristesse éternelle face à cette disparition. D’autant plus lourde que, dans son mot d’adieu, son père lui enjoignait de les « venger de la mine ».

 

Sa mère décédée à son tour, Michel a rejoint Paris où il a trouvé un boulot de routier, a rencontré Cécile avec laquelle il s’est marié. Mais cela n’a pas suffi à effacer le passé qu’il a continué à faire vivre dans une cave où il a amassé souvenirs et preuves, dans le silence et la tristesse.

 

Quarante ans après le drame, Cécile morte à son tour dans la plus extrême sérénité face à une maladie accablante, Michel va repartir sur les terres de son enfance pour y accomplir son destin : retrouver le(s) coupable(s) et lui (leur) faire payer une éternité de douleurs subies par les familles des « gueules noires » qui ont donné tant de vies à l’extraction charbonnière laquelle a certainement mis plus l’accent sur les rendements et la productivité que sur la vérification des conditions de sécurité dans lesquelles le travail devait être fait.

 

En fait, la trame générale du livre de Sorj Chalandon se place autour d’un fait réel, d’une tragédie qui, à 6 heures 19 le 27 décembre 1974 a fait effectivement 42 victimes et plus de cent orphelins dans ce Nord charbonnier où les Houillères rythmaient la vie des populations : au travail, aux loisirs, à la vie de tous les jours, à tous les instants.

 

Pris à la gorge par cet accident terrible qui a mis en évidence la suppression progressive de trop de dispositions relatives à la sécurité des postes de travail « au fond », l’auteur a inséré son roman dans cette trame historique pour en reparler, réveiller la mémoire de ces hommes dont la justice n’a pas confirmé, en appel, qu’ils étaient victimes d’une « faute inexcusable de l’employeur » pourtant établie en première instance.

 

L’histoire de Michel Flament s’accroche aux marges de ce drame pour le faire remonter à la mémoire collective et tenter de refaire le procès escamoté par la justice d’alors, en recréant les conditions d’un nouveau procès pour juger une vengeance criminelle.

 

[Extrait] Le jour d'avant de Sorj Chalandon
 


Personnellement, s’il a réussi un roman intéressant par le côté historique qui l’habite, par le côté sociologique qui en fait le contexte et par le travail de recherches d’informations qu’il induit chez le lecteur rendu curieux de ces évènements que seul le sol nordique peut encore ressentir épidermiquement, je trouve qu’il a un peu loupé le côté mémoriel, ne donnant réellement la parole qu’à l’avocat général qui, au prétexte — réel — des conditions et du cadre romanesque de l’ouvrage (une vengeance mal appropriée et des motivations erronées), se permet des relents d’anti-communisme primaire en parlant de « mythologie ouvrière », allant jusqu’à nier le devoir de mémoire (que l’auteur met pourtant en exergue de son roman) et qu’il efface d’un trait oratoire qui fleure bon les élans actuels du libéralisme à tous crins en considérant que « tout cela n’a plus aucun sens aujourd’hui ».

 

Je crois que Sorj Chalandon n’a pas une vision correcte du fait que la sécurité des travailleurs reste un combat de tous les jours, car, contrairement a ce qu’il semble croire, Zola et Germinal ne sont pas aux orties. Et, si les choses ont pu évoluer positivement, il convient de ne pas perdre de vue que tout est fait politiquement pour refaire le chemin à l’envers. Et si ce n’est pas ici, c’est à l’autre bout de la terre que ces choses-là sont le quotidien d’autres êtres humains comme nous, qui subissent ce que la délocalisation des activités industrielles nous ferait trop facilement oublier.

 

Pas sûr, cependant, que les vélos Uber ne soient pas la forme moderne de Germinal.

 

Certain, au contraire, que l’angle de prise de vue de ce roman aille à l’envers de l’importance de cette mémoire.

 

 

 

Sorj Chalandon – Le jour d’avant – Le livre de poche – 9782253073796 – 7,90 €




Commentaires

Permettez-moi d'intervenir : je ne suis pas du tout d'accord avec votre lecture. Selon moi, cet ouvrage s'inscrit pleinement dans le devoir de mémoire... Et il n'est pas simplement intéressant, il est bouleversant, magnifique. Un grand livre. Quant à la vision de Sorj Chalandon qui vous semble incorrecte, je ne peux que vous recommander vivement, par exemple, le visionnage du débat dont je vous joins le lien. J'espère qu'il vous sera bénéfique. Cordialement.

https://www.youtube.com/watch?v=Dz8x6UusyZw

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Pour approfondir

Editeur : Grasset Et Fasquelle
Genre :
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782246813804

Le jour d'avant

de Sorj Chalandon

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

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