Sous la lumière noire du Phare de Babel

Mimiche - 22.02.2019

Livre - Phare de Babel - Roman noir huis clos - Yannick André Moires


ROMAN FRANCOPHONE - Sur un caillou perdu au milieu de l’océan, un phare, signal immobile qui reprend vie tous les soirs alors que la fureur des vagues vient à tout instant en battre les flancs. Et quand les assauts sont trop forts le phare bouge.
 
 
Dans le phare, deux hommes. Deux hommes qui attendent la relève. Relève qui n'arrive pas à s'effectuer car, à chaque tentative du Kélouane pour s'approcher, la houle imprévisible et féroce l'en empêche. Et l'oblige à rentrer au port sans avoir pu relever les deux gardiens. Quatre tentatives et autant d'échecs. Près de cent jours d'isolement. Et de solitude car au bout de tant de temps, les esprits se ferment et il vaut mieux éviter les mots car ils seraient capables d'envenimer un climat électrique.
 
Jusqu'au jour où Guivarch, l'aîné, disparaît : une porte ouverte au pied du phare, une caisse à outils abandonnée, un ciré au sol et aucune réponse aux appels de son collègue qui, cependant, s’inquiète bientôt de ces choses qui changent de place dans l'édifice alors qu'elles ne devraient pas.
 
Une sorte de folie semble s'être emparée d'Eugène Guivarch dont le « Gamin », comme il le surnomme, redoute les malveillances ou les agressions jusqu'à ce que chacun s'enferme derrière une porte pour échapper à l'autre.
 
Et puis le Kélouane finit par s'arrimer au phare et la relève commence son débarquement vers la plate-forme où le filin de liaison a enfin été arrimé.
 
C'est le moment que choisit Guivarch pour déséquilibrer Pérec, la relève, qui est en train de prendre pied sur le phare et lui fait faire une chute de quarante mètres sur les rochers sous les yeux effarés du Gamin et de l'équipage qui ne peuvent intervenir et voient une lame emporter le corps sans vie.
 
Ramené seul à terre alors que Guivarch, de manière incompréhensible, est resté introuvable dans le phare, le Gamin est impliqué dans le jugement de ce qui est apparu, aux yeux de tous, comme un assassinat dont il sera cependant innocenté.
 
Plusieurs mois après l'issue du procès, un corbeau est cloué sur la porte de la maison du Gamin avec le premier d'une série de messages de menaces qui mettent en doute son innocence.
 
 
 
Des rivages de Bretagne battus par les vagues jusqu'à Madère, Yannick Anché nous fait naviguer en eaux troubles où des histoires, que le temps aurait dû user et aplanir, reviennent à la surface telles un emboîtement de poupées russes dont l'une cache l'autre, qui ne demande pourtant qu'à ressortir des nimbes et étendre son venin sur des plaies jamais refermées.
 
Dans cet univers taiseux de marins rudes et obstinés, où les naufrages et les accidents ne sont pas, pour tous, le fait d'une terrible fatalité, les corbeaux continuent de colporter des soupçons jamais effacés malgré les décisions de justice. Ceux des langues têtues que rien n'a convaincu et qui, dans l'ombre, continuent de contester et de semer, autour d'elle, le trouble et la peur.
 
D'une histoire sombre et pesante où des hommes endurent une mer implacable et des éléments sauvages qui les maltraitent, le récit glisse peu à peu dans une oppression sournoise qui interdit tout apaisement, qui ne donne d'autre issue qu'à une fuite lointaine pour échapper à la crainte, à la peur qui s'installe, ne laissant plus aucune chance à la vie pour retrouver sérénité et confiance dans l'avenir, dans l’amour.
 
Le traumatisme de la peur dans cet isolement quasi carcéral du phare ne trouve aucun repos : le retour sur la terre ferme, après des semaines interminables dans un édifice exigu transformé soudain en prison, n'apportera pas le soulagement à ce Gamin qui n'a échappé à la folie que miraculeusement.
 
Les poupées russes, une à une, finissent par dévoiler les secrets enfouis, les sentiments inavoués, les rancunes tenaces, les vies qui s'imbriquent l'une dans l'autre avec un machiavélisme funeste.
 
Pas à pas, Yannick Anché nous enfonce dans le noir. Et ne nous en extrait que pour mieux nous y replonger avec une sorte de roman policier sans policier, qu'il dirige inéluctablement vers un épilogue déjà inscrit dans les premières pages du roman.

Yannick Anché - Le phare de Babel - Editions Moires - 9791091998253 - 16 €


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Pour approfondir

Editeur : Editions Moires
Genre :
Total pages : 156
Traducteur :
ISBN : 9791091998253

Le phare de Babel

de Anche, Yannick(Auteur)

Des tempêtes sévissent depuis trois mois, rendant inaccessible le phare de Babel. Deux hommes sont à l'intérieur, luttant contre le froid, l'abattement et la folie. Pour la quatrième fois le Kélouane tente d'accoster. La houle est encore trop forte, le bateau ravitailleur fait demi-tour et s'éloigne, laissant les deux hommes dans un accablement absolu. Le magasin est inondé, la porte du bas a cédé. Au-dessus, la salle des machines commence à essuyer des vagues. Il faut réparer la porte.

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