Sous le déluge étrange, noyez-vous dans Malacqua

Maxim Simonienko - 07.12.2018

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Mort en avril 2012, Nicola Pugliese, écrivain et journaliste, ne laisse derrière lui que deux romans dont Malacqua, sous-titrée « quatre jours de Pluie dans la ville de Naples dans l’attente que se produise un événement extraordinaire » . D’abord publié en 1977, le roman tombe, comme son auteur, rapidement dans l’anonymat. Il faudra attendre 2013, un an après la mort de l’écrivain, pour que les éditions Tullio Pironti fassent réapparaître Malacqua dans les librairies italiennes. Fantastique, morne et kafkaïenne, l’oeuvre de cet auteur nous plonge dans la ville de Naples, frappée alors par le déluge et la précarité.

 


Il est impossible de présenter Malacqua sans la pluie. Oui, parlons-en de cette pluie, parlons-en : une mélopée qui se répète, se répète, encore et encore. Elle semble être partout et nulle part à la fois. Une synesthésie omniprésente, créée à partir du style poétique et répétitif de Pugliese, à la manière d’un refrain. Les averses, on peut les voir, les sentir, presque les entendre en tournant les pages. Là où Zola donne vie à la Lison dans sa Bête humaine, l’auteur italien, lui, donne une âme au déluge napolitain :
 

Il n’y avait plus de raison de sourire, avec cette pluie d’aujourd’hui, définitivement plus aucune […]. Sur la ville, si l’on levait les yeux, ce voile de pluie tombait, tombait, et la pluie formait au loin une fine trame, les pensées elles-mêmes étaient des pensées humides et rayées, profondément marquées par cette fine pluie verticale qui tombait tombait à travers des filaments d’eau se perdant dans l’eau déjà tombée et dans celle qui allait tomber. Il y avait en effet désormais une certitude profonde, cruelle, implacable : cette pluie allait continuer, oui, elle allait continuer jusqu’à ce que l’événement se soit manifesté avec évidence, jusqu’à ce que la signification dernière soit devenue claire et indiscutable même dans les esprits les plus désarmés, les plus faibles.


C’est dans ce climat particulier que l’écrivain-journaliste nous offre un riche panorama de personnages, souvent mélancoliques, aux noms chantants, si propres à la langue italienne : Andreoli Carlo, Picozzi Salvatore, De Rosa Ferdinando... Il les met en scène dans leur quotidien, avec en arrière-plan cette cataracte, pour mieux faire ressortir leur mélancolie. Misère sexuelle, désir d’émancipation, mortalité… Chacun des protagonistes attend, patiemment, que les averses se calment, et qu’un événement extraordinaire vienne les extirper de cette vie circulaire, de cette ville en carton qui s’effondre progressivement sous le poids des gouttes.

Sous la grisaille constante de la région de Campanie, d’étranges événements surviennent sans prévenir : effondrements de terrains, murmures mystérieux dans les décombres, la mer qui poursuit les gamins du quartier… Il ne manquerait plus que les pièces puissent chanter, n’est-ce pas ?

Si, chers lecteurs, vous n’êtes toujours pas convaincus par Malacqua, permettez que je reprenne une formule de l’auteur, remaniée bien sûr, qu’il avait adressée à son éditeur pour lui présenter son livre :

« Cher lecteur, le roman est comme il est. Si vous voulez le lire, vous le lirez. Si non, merci et au revoir. »


Nicola Pugliese - Trad. italien Lise Chapuis - Malacqua, quatre jours de Pluie dans la ville de Naples dans l’attente que se produise un événement extraordinaire - Do Editions - 9791095434122 - 19 €


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