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Splendide et douloureuse Italie, alors que monte le fascisme

Nicolas Gary - 21.08.2018

Livre - Maria Vittoria rentrée - Élise Valmorbida roman - Italie pauvreté fascisme


ROMAN HISTORIQUE – Australienne, Elise Valmorbida publie son premier roman, après avoir travaillé dans la non fiction. Le portrait étrangement familier d’une Italienne dont l’engagement pour sa famille est total. Nous sommes en 1923, dans la campagne vénitienne : Maria Vittoria entre en scène.

 



 

Elle est âgée de 25 ans et attend désespérément un mari : une vague fois, un cousin a tenté de l’embrasser, et là se résume toute son expérience tant sentimentale que romantique. Mais une fois Achille rencontré, tout peut changer. En pire. 

 

C’est son père qui a déniché cet ancien combattant de la guerre de 14-18. Mais il est fort, assez beau – et plutôt épargné par les affrontements. Et puis sa famille est pauvre : ses parents ne seront pas trop regardants sur l’âge de Maria. Or, seulement la nuit de noces sera douloureuse, mais plus encore, son époux devient violent.

 

Pourtant, Maria conserve sur elle, précieusement, la statue de la Vierge Marie qu’elle possède depuis toujours ; et qui la ramène dans ses montagnes, au nord du pays. C’est avec elle et un peu de linge brodé, en guise de dot, qu’elle laissa l’unique vie qu’elle avait connue, pour ce mari. Sauf qu’ils se trouvent contraints de partager le foyer des parents d’Achille : un manque d’intimité savamment décrit… 

 

Maria et Achille parviennent pourtant à surmonter les épreuves : leurs propres difficultés conjugales, la guerre qui a sévi et la répression politique dans le pays. Travailleur acharné, Achille leur permet de quitter le foyer parental quatre ans plus tard. Installés dans le village de Fosso, ils ouvrent ainsi une épicerie — rackettés par le cousin embrasseur, qui travaille désormais pour la milice : sa protection a un prix. 

 

Le couple aura cinq enfants, et œuvre sans ménager sa peine. Mais l’époque ne les aidera pas : Maria est réduite à pourchasser des lézards pour faire manger sa famille et voler de l’argent. L’autre Guerre a commencé, celle de la déportation, des chemises noires… L’épicerie n’aura pas suffi. C’est à cette période même que les fascistes, les communistes, les nazis et les Américains s’inscrivent tous quatre dans l’Histoire. 

 

Tout ce pour quoi le couple a tant donné se retrouve alors menacé par les affrontements, la cruauté… Maria donnera plus encore pour sa famille.

 

Sur un quart de siècle, voici une histoire italienne comme le pays en connut tant. Et depuis l’Australie, un si beau récit, poignant, de cette période est d’autant plus marquant. Une multitude de détails se retrouvent, dans la manière de cuisiner – la polenta, notamment, plat spécifiquement du nord du pays, ou encore les recettes de gnocchis à travailler…

 

Il fallait bien qu’Elise Valmorbida appartienne à l’une de ces familles italiennes qui ont quitté le bel paese après la Seconde Guerre mondiale. Les difficultés, les angoisses, les horreurs subies ou vécues ont de tragiques relents biographiques. Ou du moins, soulève cette interrogation chez le lecteur de la transmission des souffrances d’une génération à la suivante.  
 

[Extrait] Maria Vittoria d'Elise Valmorbida

 

Trente années de vie sont ici agitées et imprégnées d’amour, de foi, et de résilience, jusqu’à une décision finale, à même de changer le cours de leurs vies à tous. Face aux mutations que l’Europe elle-même va connaître dans cette période, l’auteure puise aux racines les plus douloureuses pour un texte superbe.

 

Avec une terreur, dont la romancière fait régulièrement part : que l’Histoire ne finisse par se répéter, et que les populistes comme les despotes ne l’emportent plus souvent.
 

 

Élise Valmorbida, trad. Claire Desserrey – Maria Vittoria – Préludes – Claire Desserrey – 9782253107958 – 16,90 €

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