Stephen King forever, Christophe Fiat

Clément Solym - 19.11.2008

Livre - Stephen - King - forever


Stephen King est auteur de livres d'horreur, genre méprisé tout bas et qui tout haut a fait de lui une super star de la littérature, des ventes et un romancier aussi connu qu'une star du rock. Un « succès planétaire » qui n'est pas allé tout seul, depuis les premières prétentions de l'enfant à écrire jusqu'aux angoisses persistantes de l'homme face à son travail.

 

Christophe Fiat (lux, pardon, mais après la lecture de cet essai, il ne s'agit pas vraiment du calembour potache qu'il y paraît) pourrait n'avoir rédigé là qu'une biographie factuelle sur un des cinq auteurs les mieux payés au monde. Ses qualités indéniables d'essayiste lui font en effet examiner quelques rapides séquences de l'enfance, l'adolescence, jusqu'à la rencontre de sa future femme, de l'alcool, de la méthode de Défense d'Hemingway...

 

Bref, une biographie sommaire, assez évasive et somme toute très peu référencée. C'est ce qui choque un poil dans les premières pages. Pas celles où sont passés en revue William Burrough et Guy Debord : dans cette introduction, on sent que les commentaires tiennent plus de la théorie que de l'approche lourde du biographe. Non. Dans les pages suivantes, en revanche, on va découvrir que Stephen King est le premier romancier à « être capable de détruire une voiture de ses propres mains ». Étonnant pour l'homme qui a écrit Christine, l'histoire de cette voiture sanguinaire qui tue des humains et qui se plaint des interdictions de jeux vidéo violents.

 

Mais justement, c'est en s'approchant ainsi de l'oeuvre de King que l'on mesure au plus juste sa portée. « Pour lui, une histoire commence quand quelqu'un se demande ce qu'il y a derrière une porte et que ça lui fait peur, parce que s'il l'ouvre, il a des chances de tomber sur un monstre prêt à bondir, et s'il ne l'ouvre pas, c'est encore pire, car il ne saura jamais si les monstres existent ou pas. » Oui, voilà toute l'essence des romans de King. Avec une pointe de déterminisme en plus, qui dans tous les cas, vous force à l'ouvrir, cette maudite porte...

 

Il est impossible de résumer autrement cet essai de Christophe Fiat, simplement car sa démarche est celle de cerner tout d'abord les forces vives agissant dans la vie de King, puis qui se répercutent dans ses livres, notamment à travers des références à Carrie et Christine. La seconde est donc cette voiture vivante, la première une adolescente qui le jour de ses premières règles se découvre des pouvoirs paranormaux... Tout un programme.

 

Ce que l'on peut dire, sans se planter, c'est qu'il y a des traces d'Antonin Artaud dans le style de Christophe. Et pour dire plus, son expérience de performer se retrouve aisément dans ce livre. Prenons le cas de notre poète : qui n'a pas lu Pour en finir avec le jugement de Dieu a probablement raté l'une des oeuvres les plus subversives des années d'après-guerre (la Seconde...). Il y a dans les propos d'Artaud une folie reconnue et maîtrisée, qui explose dans chaque mot et se propage dans l'esprit du lecteur sans rémission.


C'est un courant alternatif/continu qui coule dans le texte de Fiat, mais avec comme une sorte de retenue. On sent bien qu'il est possible d'aller plus loin, de s'avancer plus profondément pour creuser dans cette forêt de symboles, et défricher. Peut-être est-il dangereux de le vouloir, mais après tout, le romancier, l'écrivain ou le poète ne dévoilent-ils pas les champs du possible, jusqu'à les épuiser de leur âme ? Et quand ils ont fini, ils s'en vont essayer d'autres moyens comme le roman graphique vidéo ?

 

Ici, même les réfractaires aux oeuvres de King découvriront un homme et une oeuvre, car on parle moins de l'oeuvre elle-même que de littérature et de rapport à l'écriture. Pour votre serviteur qui a lu presque tout King durant l'adolescence, au grand dam parental, voilà un texte fougueux et passionné, qui conforte dans ce choix de lecture. Christophe Fiat nous fait aimer King, moins pour l'horreur que pour ce qu'il révèle de nous-mêmes... la part de l'ombre, dans l'ombre. À découvrir sans tarder, fut-ce à travers cet extrait publié sur Le Tiers livre, de François Bon ! 



Retrouvez Stepehn King Forever, sur Place des libraires



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