Strada Zambila : Colère et poésie rue Zambila

Cristina Hermeziu - 22.03.2017

Livre - Littérature jeunesse - Roumanie


Une drôle d’histoire, émouvante, avec des rebondissements. Essentiels pour une lecture attachante, ces ingrédients ne résument pourtant pas le charme de ce petit livre au titre étrange et étranger et à la couverture fraîche.

 

Bucarestois, les parents d’Ilinca sont partis travailler en France. Le père est médecin, mais au pays, tous ceux qui partent à l’étranger gagner une vie meilleure s’appellent des “cueilleurs de fraises”.

 

En sixième, Ilinca en souffre, des fois en douceur, des fois comme un volcan. En CE1, Zoe, sa petite sœur, “en joie perpétuelle” semble s’en sortir mieux.  Pour s’occuper d’elles, les grands-parents viennent s’installer au 2 rue Zambila, à Bucarest, avec leurs huit boules de poile, les chats que Bunica (“grand-mère” en roumain), “francophone jusqu’au bout des ongles”, a affublés de noms de villes françaises.

 

Strada Zambila est comme un journal de bord qui décrit le quotidien et les humeurs d’une petite fille roumaine, posée et rebelle, sage et volontaire, enfantine et mûre, qui attend le retour de ses parents. Promis pour Noël, douloureusement repoussé, le retour - l’attente - fait et défait des mondes, pince et pense des cœurs.  

 

 

Racontée à hauteur d’enfant, cette histoire familiale truffée d’émotions et de drôleries, offre également un portrait de la société roumaine d’aujourd’hui, à travers des mœurs, des mentalités, des faits d’histoire et des instantanés pris au vif dans le paysage d’une capitale de l’Europe de l’Est à identité contrastée.

 

Accompagné par Florin, le camarade rom de sa classe avec lequel elle fait tandem pour un projet d’école, Ilinca sillonne les quartiers afin de prendre en photo “la cohabitation saugrenue, presque monstrueuse, du vieux et du neuf, du beau et du laid, de la belle pierre et du verre luisant et kitsch” qui fait le charme de Bucarest.

 

En épousant l’œil intransigeant et innocent d’une petite fille, Fanny Chartres ne fait pas de cadeaux. Son personnage Ilinca ne mâche pas ses mots quand elle juge le regard que des Français ou des Roumains peuvent poser sur l’Autre pour lui assigner une place en fonction de son identité : si “certains patients avaient refusé de se faire ausculter par papa”, en revanche, “maman avait eu moins de mal à se faire accepter par la communauté, car les gens admettaient mieux que les Roumains (ou Roms, puisque là-bas les gens ne font pas la différence) s’occupent des personnes âgées ou fassent des ménages. Là étaient leurs places, devaient-ils penser…Au bout du compte, m’étais-je dit, les Roumains en France se retrouvaient dans la même situation que les Roms en Roumanie.”

 

Lumineuse, convaincante, et un brin trop idéaliste, la belle amitié entre Ilinca et Florin est l’occasion de détricoter quantité de préjugés pour parler mieux du mécanisme des exclusions, perpétrées depuis la nuit des temps. Traductrice de littérature roumaine qui a vécu au pays, Fanny Chartres signe avec “Strada Zambila” un beau récit pour petits et grands. Sur fond bleu-ciel de Bucarest, au milieu de quelques aquarelles sensibles se glissent des mots de colère qui font du bien.

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Pour approfondir

Editeur : Ecole Des Loisirs
Genre :
Total pages : 210
Traducteur :
ISBN : 9782211231176

Strada zambila

de Fanny Chartres(Auteur)

Les " cueilleurs de fraises " : en Roumanie, c'est ainsi qu'on désigne ceux qui partent à l'étranger pour trouver un vie meilleure.Les parents d'Ilinca ont quitté Bucarest pour la France. Ils ont beau lui assurer que c'est seulement pour quelques mois, Ilinca trouve le temps long et fait front avec sa petite soeur dans la rue Zambila. Comment combler l'absence, comment faire l'apprentissage de la vie, seule ? Un concours d'art plastique pourrait bien tout changer...9/12 ans.

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