Sur l’aile d’un songe : de l'oeuvre de Laurence Imbert.D

Félicia-France Doumayrenc - 24.12.2015

Livre - Gérard Xuniguera - aile songe - Laurence Imbert


Il y a toujours une magie à ouvrir un livre sur la peinture. Le regard s’attarde sur l’une ou l’autre toile, les mains tournent les pages, l’œil scrute les infinis détails, recherche le trait, guette la coulure, et tant signes désarmants sans lesquels la toile n’existerait pas. Impression mentale de, soudain, faire corps avec un tableau voire même d’y rentrer.

 

 

 

Laurence Imbert n’est pas juste une peintre qui se dévoile au travers de sa création picturale. Elle est une artiste vivante, débordante de couleurs et avec un suivi dans son œuvre qui sidère. Elle est surprenante, magicienne des tubes de couleur d’acrylique ou de gouache, jouant aussi avec l’encre, l’huile et le plâtre. Elle nous fait vibrer sur une émotion qui nous surprend, on en est saisi quand on voit en réalité son travail, mais ce livre en est un des reflets parfaits. 

 

Jean-Clarence Lambert en écrit : « Les œuvres sur papier permettent à Laurence Imbert de recourir à toutes les techniques selon l’inspiration : dessins au crayon, au fusain, collages, frottages et matiérismes tentateurs. »

 

Et François Py, de poser ses mots comme une correspondance : « Chez Pollock, le réel s’invitait subrepticement sous la forme de sable, de verre brisé, de ficelle ou de clous pris dans des lacis de peinture. Chez Laurence Imbert, ce sont d’énormes trous démonstratifs qui affirment un retour à la troisième dimension. Elle réintroduit aussi dans sa peinture le coup de pinceau, le contact direct de l’outil avec la toile que le dripping abolissait. »

 

 En effet, oui cela explose, véritable feu d’artifice de mots. Mais l’artiste ne se contente pas nous offrir à nos yeux émerveillés (est-ce parce que nous sommes à quelques jours de Noël et qu’un beau livre est souvent le cadeau parfait) les reproductions de ses toiles, elle écrit, et son écriture qui se mélange aux images soulève un sens étonnant. Laurence Imbert écrit, mais est-ce pour dévoiler un pan de l’intime, ou au contraire se cacher derrière les mots alors qu’elle s’expose derrière ses pinceaux, ses tubes de couleurs.

 

Belle photo d’elle où la voit accroupie en train de peindre dans un élan qui semble naturel. Comme si cela signifiait si je ne peins pas, je ne respire plus ;  si je ne peins pas, je meurs.

 

Et, comme un souffle porté, elle écrit :

 

La poésie reste le meilleur moyen pour changer le sens des choses et des mots

Et plus loin

Mon œuvre est l’expérience de ma non-soumission.

 

 

L’œil découvre alors « une autre dimension ». Laurence Imbert est une insoumise, une résistante, une femme dont la beauté au premier regard frappe, mais qui est loin d’être une apparence.

 

Ce qui frappe, aussi c’est que sa peinture exprime son éclectisme. Laurence Imbert est une touche-à-tout de l’art. Comédienne, metteuse en scène, musicienne à ses moments, actrice, elle est une des rares femmes à nous démontrer ce que sera notre siècle qui tarde à venir, comme elle dit 

 

« Que l’espoir est plus jamais là. »

 

 

A-t-elle raison ? Le questionnement en lui-même s’annule. Elle a raison de peindre, raison de nous faire espérer.

 

Crédit Laurence Imbert-D


Pour approfondir

Editeur : FVW
Genre : peinture /...
Total pages :
Traducteur :
ISBN : 9782914304528

Sur l'aile d'un songe

de Gérard Xuriguera

C'est le cas de Laurence Imbert, dont l'itinéraire pictural brouille les pistes, en jumelant d'une part, l'activité du conscient et du subconscient, et de l'autre, en délivrant une abstraction volatile compartimentée, parfois essaimée de visages ahuris et de mini silhouettes en surimpression, conséquence de l'impact psychoaffectif de faits sociaux ou d'événements dramatiques ancrés dans sa mémoire. Au gré de cette trajectoire connotée par un imaginaire en éveil, malgré leur positionnement instable et leur différence d'échelle, les formes dévident toute une vie organique et une signalétique distincte. Toutefois, il ne s'agit pas ici de voir ici les retombées du "fonctionnement réel de la pensée", principe fondateur du surréalisme, sinon les poussées aveugles de l'automatisme, en ce que l'omniprésence d'un trait régulateur, exerce un permanent contrôle de la main, garant de la juste articulation de l'ensemble des partitions.

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