Sur les rives du Maroni, sous le ciel effondré

Mimiche - 02.10.2018

Livre - Sous le ciel effondré - Colin Niel Guyane - Rouergue RL2018


ROMAN FRANCOPHONE - Suite à un fait de bravoure lors d’une prise d’otage terroriste qui l’a laissée défigurée, malgré d’importantes chirurgies de reconstruction, et psychologiquement meurtrie, l’adjudant Angélique Blakaman a été mutée, à sa demande, dans une équipe d’investigation à Maripasoula, une agglomération sur les bords du fleuve Maroni, au cœur de la Guyane dont elle est originaire.

 

Ceci n’entraîne pas automatiquement une reprise de relations normales avec sa mère convertie à la religion évangélique ou avec son frère qui ne donne aucune suite à ses messages téléphoniques.

 

Le jour où la brigade de Maripasoula reçoit l’appel d’un habitant d’un petit village situé à plusieurs heures de pirogue en amont sur le fleuve évoquant une disparition récente d’un adolescent après une fête traditionnelle copieusement arrosée d’alcool, c’est elle que le capitaine Anato, un noir-marron comme elle, envoie sur place, la considérant la plus à même d’intégrer les tenants et aboutissants de cette affaire que les locaux évitent habituellement de confier aux gendarmes. Surtout après si peu de temps écoulé depuis la disparition.

 

A Wilipuk, Tapwili, le père de l’adolescent disparu, s’avère être un homme important, largement impliqué dans la sauvegarde de la culture de ces peuples amérindiens, malgré l’éloignement des jeunes de ces traditions et la lutte inégale avec les lumières de la ville. Largement impliqué également dans la sauvegarde et la protection des espaces naturels du Haut Maroni. Largement impliqué enfin, dans l’opposition farouche à l’extension incontrôlée de l’orpaillage tant légal qu’illégal, ce dernier accompagné de l’arrivée massive de garimpeiros étrangers à cette Guyane qu’il veut protéger et qu’ils viennent piller et détruire.

 

Là, face à la disparition de son fils, plus rien n’a d’importance pour Tapwili. Et il devait faire appel à la gendarmerie car même si c’est un fléau local, il n’admet pas la possibilité d’un suicide qui est pourtant le lot de tant de jeunes amérindiens.

 

Sensible à la peine de l’homme et à l’homme lui-même, Blakaman va s’engager à la recherche de Tipay : une aiguille dans une botte de foin.

 

Malgré un format considérable qui est généralement de nature à me lasser (500 pages au compteur), ce roman policier a réussi à me tenir en alerte de la première à la dernière page.

 

Le contexte est déjà un premier pas dans un monde quasi inconnu pour moi mais dont je ne pense pas être le seul à avoir une image sans lien avec la réalité.

 

C’est une magnifique leçon d’ethnologie, de géographie, de géologie, de politique, de géopolitique, qui coule de ce livre au fil des pages, au fur et à mesure que sont présentées (en lien avec le récit : cela n’a cependant rien de scolaire ou de pédant) les ethnies présentes dans la région et leurs difficultés aux points de friction avec le monde occidentalisé largement colonisateur même si républicain.

 

Que sont présentées les richesses (et notamment l’or dont on a pu entendre parler avec ce démentiel projet russo-canadien d’exploitation à échelle inhumaine) actuellement pillées par des orpailleurs étrangers à la Guyane que l’Etat ne se donne pas les moyens de contrôler.

 

Que sont évoquées ces richesses géologiques (l’or, bien sûr, mais aussi les fleuves, les inselbergs, …), écologiques (l’eau, la faune, la flore, la forêt équatoriale) mises à mal par une incurie locale que la politique nationale ne fait que conforter.

 

Que sont évoquées ces zones incontrôlables et largement de non-droit qui se sont développées sur les berges Ouest du Maroni, lequel est autant une voie de passage qu’une frontière et donc une base arrière sûre pour les clandestins qui savent qu’ils trouveront là un refuge à l’abri des gendarmes français et qu’ils n’y seront pas non plus inquiétés par la Police du Surinam (mais pour d’autres motivations).

 

Qu’est évoqué le désastre social du chômage chronique qui fleurit parmi la population locale totalement déconnectée de la bastille économico-scientifique de Kourou.
 

[Extrait] Sur le ciel effondré de Colin Niel

 

Qu’est évoquée cette extension tentaculaire de l’église évangélique qui fait son terreau de cette marginalisation des populations, qui n’ont plus aucune confiance dans les repères culturels traditionnels ni dans l’Etat dont les subsides ne sont pas une providence.

 

Et j’en oublie !

 

Vous l’aurez compris. Colin Niel ne nous assomme pas avec un simple pavé policier. Il nous prend par le col et secoue nos neurones français en nous faisant largement intégrer que ces laissés-pour-compte ne sont pas des boat-people à la dérive mais nos concitoyens dans la République.

 

Et si son polar tient la route et ses promesses jusqu’à la dernière page, je considère que c’est aussi pour de toutes autres motivations qu’il est important de le lire.


Colin Niel - Sous le ciel effondré - Rouergue noir - 9782812616587 - 23 €
 

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