Sympathie Pour Le Demon, Zachary Lazar

Clément Solym - 28.04.2009

Livre - sympathie - demon - zachary


Pénétrons dans l’antre de Lucifer, Belzébuth ou autres démons. Non, ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas là d’un pamphlet satanique bien au contraire. Lazar y rapporte l’épopée d’une époque révolue, celle de l’insouciance et de la liberté de ton, de l’amour et de la folie à l’état pur.

La folie prend le corps et l’esprit, l’emprise de certains charmes, sentiments et autres sensations font que certaines existences du siècle passé sont devenues de varies icônes. Leur vie s’est cristallisée, a été appropriée par tout à chacun et font désormais partie d’une certaine mythologie de notre histoire culturelle contemporaine dont tous peuvent se réclamer. Certains individus se distinguent en effet de la masse ambiante grâce à leur charisme qui fait que n’importe qui, vous, moi, le premier-venu, va se sentir sous dépendance. Suite à cette rencontre, quelque chose va changer, une situation de mal-être s’installe dès lors que la personne charismatique est absente…

En-dehors de cette idée générale, ce roman décrit une ère perdue où le politiquement correct n’est pas le bienvenu, où l’on cherche à installer du rêve dans sa vie, où chacun fait sa vie selon son choix hors de tout schéma classique. Il s’agit dans cette histoire d’échapper à un quotidien morne vécu par l’américain moyen, à la société consumériste et à la guerre (celle du Vietnam).

En toile de fond, le lecteur va suivre peu à peu l’ascension fulgurante des Rolling Stones et des déboires de ses membres, la vie débridée de l’artiste underground Kenneth Anger et des la virée assassine de Charles Manson. Peu à peu les histories s’entrecroisent, les protagonistes ont ce quelque chose de commun qui en fait des personnages hors du commun, chacun à leur manière. Le thème de l’obsession est omniprésent : au travers des comportements, du charisme, de l’explosion de la musique, de la puissance et de la particularité des voix. On revit une époque décrite comme un paradis perdu entre violence et agressivité toujours pacifique évidemment. N’est-ce pas paradoxal ? C’est tout le charme des sixties.

Ici, spectacles et performances sont de mise sur scène bien sûr, mais aussi dans le quotidien au travers de l’utilisation et de la manipulation des foules : le public chez les Rolling Stones, les originaux/homosexuels/curieux/artistes chez Anger, les adeptes/le premier venu qui a un tant soit peu besoin d’attention chez Manson…. D’où l’importance de la dramatisation dans la façon dont les protagonistes se mettent en scène… des génies du marketing en somme.

Les récits s’entremêlent donc entre réalité et fiction… entrer dans l’univers de chacun y est évident… peu à peu une réelle empathie s’installe et tout en devient effrayant…. Cette facilité à s’identifier… Toutefois, cette impression est gâchée dès lors que l’auteur se lance dans des explications compliquées et vraiment malvenues lorsqu’il explique les actions et les motivations des acteurs de son récit par leur enfance. On se croirait à partir de là dans une thèse pro freudienne revue et corrigée, tout ça forcément amplifié par le phénomène “Hollywood”. Tout ça laisse sans voix.

Ce titre a au moins le mérite de relater l’avènement de véritables légendes qui se sont construites à coups de mythes et vérités plus ou moins retravaillées, d’anecdotes… tout ceci bien évidemment romancés. Il s’agit d’un excellent mélange des genres, des sentiments où l’on passé aisément de paradis artificiels aux expériences, soi-disant moralement interdites.


Offrez-vous Sympathie pour le démon de Zacharie Lazar