Syngué Sabour, Pierre de patience, Atiq Rahimi

Clément Solym - 13.01.2009

Livre - Syngue - Sabour - Atiq


Très beau récit épuré, couronné cet automne par le prix Goncourt, qui telle une tragédie se déploie de manière inexorable jusqu’à son terme.

Et c’est bien de ça dont il s’agit, une tragédie, où une parole empêchée de femme afghane (ou autre, nous dit l’auteur avant de commencer son récit) va pouvoir enfin se dire, les pensées éclore, l’être s’oser ! Car du courage, il lui en faudra à cette femme, pour formuler ses pensées les plus intimes, ces paroles ravalées au fil des années de vie commune.

Le mari est rentré de la guerre, blessé, inconscient, dans un état proche de la mort, sa femme le soigne, le lave, égrène un long chapelet noir. La chambre est vide, derrière la porte, des pleurs de petite fille, au loin, le bruit des bombes. Les phrases sont simples, la syntaxe hachée, les actions se répètent, trop peut-être ; on sent la femme à bout.

Pendant une dizaine de pages, on ne sait pas vraiment où on va, comme la vie de cette femme perdue, suspendue au moindre signe de vie du corps dolent. Et petit à petit la parole jaillit. D’abord sous forme de pensées éparses, puis verbalisée. Le mari entend-il ? est-il conscient ? Rien n’est moins sûr.

La femme se sent en sécurité. Les souvenirs de sa vie affluent, les injustices, les trahisons, les rancœurs, les difficultés d’être femme et épouse dans cette société où la religion régit la vie quotidienne et les rapports entre les gens. Et la femme parle. On ne plus l’arrêter. Et nous voici entraînés avec elle, jusqu’au bout du récit, qui se laisse lire d’une traite.

Sera-t-elle délivrée à l’instar de ceux qui déversent sur la Pierre de patience (syngué sabour dans la mythologie perse) leurs malheurs, leurs douleurs, leurs misères jusqu’à ce que, pleine des secrets, la pierre éclate ?


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