T'étais au Bataclan, face aux attentats... et tu fais croire que t'as survécu

Nicolas Gary - 06.02.2018

Livre - attentats Bataclan punk - mensonge Bataclan témoin - survivant Bataclan attentats


T’as pas eu de chance mon pote : la vie s’est acharnée sur ta gueule jusqu’à s’en lasser. Maintenant, tu traînes dans les rues, à la recherche de rien : que dalle. Tu flippes même plus : t’as juste un vague fond d’instinct qui te fait avancer. Vers nulle part. T’as rien, tu vaux pas plus, peut-être moins. Mais l’espace d’un instant, tu sens l’envie d’exister te remonter dans les veines. Et tu craches ton plus détestable bobard…




 

Ta mère a pas vraiment dû t’aimer ; probablement qu’elle ne te voulait qu’à demi-mot. Quand t’as débarqué dans les mains de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, déjà tout était fini. Avant même de commencer. Enfin, ça avait de toute manière mal commencé. Gosse intelligent, mais irrécupérable, c’est ce que les profs ont dit de toi. Ça peut pas être totalement faux. 
 

Et de même que Dieu aura « déserté la scène du crime », il semble bien avoir déserté la tienne. Si Dieu n’est plus là, mon pote, autant faire la bringue ! Et tu vas pas te priver de l’occasion.


Paris, 13 novembre, devant le Bataclan. Dans le Bataclan. L’horreur s’abat sur la capitale. Pire : l’enfer. L’inconnu des armes, des balles, des morts. L’odeur de la terreur. Et devant, un punk sorti d’un autre âge, une toxo qui n’avait que son vide pour l’accompagner ce soir-là. Ses pas l’ont mené sur les lieux d’un massacre. Y’a pas de hasard mon pote : si t’étais sur place, c’était pour y échapper.


Sachant que t’avais rien risqué, y’a pas de mal, mon pote. Surtout pas pour toi. Et comme t’es qu’une merde, tu vas cracher ton mensonge à la seconde où ça te fut même pas demandé. Petit con…


Le mensonge est un cancer : depuis le Bataclan jusqu’à la fausse crise d’épilepsie, Alex plonge, et c’est la multiplication des métastases. Pourtant, il sera mené jusqu’aux fonctionnaires sans âme qui attribuent les aides d’un fonds constitué pour aider les victimes.

 

[Extraits] Animal boy de Karim Madani 
 

Écriture au scalpel, à en découper le derme, le roman de Karim Madani explose dès les premières lignes. À vif n’a que rarement porté aussi bien son nom. Entre la drogue et la détresse, difficile de plonger plus en avant dans la misère humaine : Alex, finit par se retrouver dévasté. Au mensonge s’ajoutent les atrocités. Parce que sous l’horreur, on déniche l’indicible. 
 

Le mensonge est un cancer. Les métastases, un processus rhizomatique dévastateur. L’écriture de Karim Madani embarque dans une descente méticuleuse vers le pire. Inutile d’appeler Orphée. Il a déserté.


Karim Madani – Animal boy – Editions Le Serpent à Plumes – 9791097390266 – 18 €
 




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.

Pour approfondir

Editeur : Serpent A Plumes Editions
Genre :
Total pages : 190 pages
Traducteur :
ISBN : 9791097390266

Animal boy

de Karim Madani

Animal Boy est un roman puissant, électrique, un roman sur fond de dope et de punk-rock, qui raconte l'itinéraire d'un toxico, Alex, dans le Paris de la lose, sur fond d'attentat au Bataclan. Alex a été témoin de l'horreur le soir du Bataclan, mais va savoir pourquoi, dans son délire de junky en manque, il va raconter aux flics le soir-même qu'il est un rescapé, qu'il a tout fait pour sauver cette fille qu'on a retrouvée dehors, dans ses bras. Et il va s'enfoncer dans son répugnant mensonge, jusqu'à la noyade. Karim

J'achète ce livre grand format à 18 €