Taipei : splendeurs et misères de la génération connectée

Xavier S. Thomann - 09.06.2014

Livre - Facebook - Tao Lin - New York


Avant même d'ouvrir le livre, le lecteur est prévenu. Tao Lin est le « styliste le plus intéressant de sa génération » (Bret Easton Ellis) et son roman Taipei est « un chef-d'œuvre moderne » (New York Observer), ni plus ni moins. Tao Lin ne serait donc pas le premier venu. Être adoubé par l'auteur de Moins que zéro en personne c'est, pour certains, un gage de qualité imparable. 

 

Il y a en effet du Bret Easton Ellis chez Tao Lin. Comprendre : des personnages qui s'ennuient et qui prennent de la drogue pour tuer le temps. Rien de nouveau sous le soleil. Paul, l'alter ego de l'auteur, se trimbale de soirée new-yorkaise en tournée promotionnelle. Il écrit un peu et consomme beaucoup de MDMA, entre autres. 

 

Voilà la grande différence avec les livres de son aîné. On ne se défonce pas en 2014 comme dans les années 1980, ce qui donne lieu à l'inévitable inventaire de pharmacie. Et puis Internet est aussi passé par là. Le jeune Paul consacre le peu d'énergie qui lui reste à écrire des mails et vérifier ses différents comptes sur les réseaux sociaux. À croire que Tao Lin fait du placement produit pour Google et Apple, tant il aime évoquer Gmail et son MacBook.

 

Pourtant, le jeune écrivain américain a du talent, un talent qui lui permet d'exhumer de la profondeur de cette vacuité. Question style, on veut bien se ranger du côté de l'avis de Bret.

 

 

 

À défaut d'une histoire captivante, Tao Lin est passé maître dans l'usage de la métaphore loufoque : « La soirée littéraire, à la manière d'une algue, trouvant son chemin à tâtons, de déplaça lentement et avec persévérance depuis le sous-sol de la librairie jusqu'au rez-de-chaussée ». On pourrait citer des dizaines de passages du même tonneau. Tao Lin répugne à dire les choses comme tout le monde. 

 

Un processus employé ad nauseam. Les incessantes périphrases pour décrire les choses du quotidien les plus triviales sont légion. Au point de pécher par orgueil. 

 

Ainsi, loin d'être un chef-d'œuvre, Taipei est davantage une curiosité. Un portrait de l'écrivain en jeune homme hyperconnecté dans le zoo numérique, sous la forme d'un roman d'apprentissage pour la génération Twitter/Facebook. Un portrait qui étonne, mais qui manque singulièrement de souffle. À consommer avec modération.