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Temple, la poésie partie en infinie chasse de rencontres

Jean-Luc Favre - 06.04.2020

Livre - Frédéric Jacques Temple - chasse infinie - Cendrars poésie espaces


Né en 1921 à Montpellier, Frédéric Jacques Temple fêtera bientôt ses cent ans ! Occasion de rendre hommage à ce poète discret qui vient tout juste de faire son entrée dans la prestigieuse collection Poésie/Gallimard. Une consécration en quelque sorte pour ce poète indépendant et vraisemblablement solitaire qui n’a jamais couru après les honneurs littéraires même si en 2013, il reçoit le Prix Apollinaire, le Goncourt de la poésie.


 

Temple préfére rester partiellement en retrait des tumultes de son temps : « Mon écriture de base, c’est la poésie. Le reste, c’est selon les circonstances de la vie. Écrire pour moi, ce n’est pas une carrière c’est simplement le résultat de ma vie » –, et ce malgré une œuvre importante tissée avec le temps, mais à l’envers du temps aussi, comme de la condition humaine, au travers souvent de rencontres et de vraies amitiés.

On songe tout particulièrement à Edmond Charlot, l’éditeur de Camus, rencontré à Alger : « J’écris quand çà me chante, et çà me chante souvent », déclare-t-il encore tout simplement, comme pour justifier d’une liberté sereine acquise au cours de la vie et dont la dense biographie considère également un véritable témoignage dont le poète se veut le garant sans pour autant faire preuve de macabres revanches sur un passé meurtri. Frédéric Jacques Temple et il y a de la sagesse en lui, n’est pas de ceux qui s’apitoient sur un sort incertain.

Sa poésie se veut au contraire, aux antipodes du « fatal déclin », avec une inspiration parfois lumineuse qui considère d’abord le regard de l’Autre. Les vivants, mais les disparus aussi, dans le sillage d’un Blaise Cendrars et c’est peu dire, ou d’un Joseph Delteil dont l’éloquence affecte non seulement le don naturel de l’expression, mais également la justification de l’offrande. 
 

Nul ne se relève du sang versé ! 


Lui qui a passé son enfance entre « les grandes Causses, et les lagunes littorales », il fera l’expérience malheureuse de la seconde guerre mondiale, comme un grand nombre de ses compatriotes écrivains, artistes ou poètes. Participe, avec le corps expéditionnaire français du Général Juin, à la campagne d’Italie, dans les Abruzzes, Monte Cassino, avec la prise de Rome et de Florence, jusqu’au débarquement de Provence.

Un long et douloureux périple humain qui mènera finalement à la libération et dont émergera un récit presque expiatoire, « La route de San Romano », mais surtout ses poèmes de guerre. Par la suite en 1946, il s’installe provisoirement au Maroc. Dirige les pages littéraires d’un hebdomadaire local, et contribue à créer des jardins maraîchers en plein désert. Une nouvelle expérience marquante pour le poète qui entend bien redonner vie à « ce qui semble sec » pour ne pas dire mort.

C’est de cette date que débute une longue correspondance avec le célèbre écrivain américain Henry Miller. Deux ans plus tard, il revient à Montpellier où il fera carrière au sein de la Radiodiffusion française. Un parcours qui n’est pas anodin — où la parole brille encore, justifiant d’un attachement aux racines profondes de la terre. L’ancrage nécessaire qui permet de survivre aux déflagrations antérieures comme en répondant à l’interrogation récurrente et souveraine. 

La chasse est toujours infinie ! 

C’est par les veines de la terre
              que vient 
                  Dieu,

Par les pieds qui sont racines
dans l’humus et la pierre
vers les cuisses, l’aine humide 
                et douce

Comme un herbage de varaigne
           et non du ciel
                Virginal

        Où il ne traine pas.

Sur le lit de faines rousses 
        je le contemple
 par les pores de l’inconscience
   et j’adore la senteur fauve
         qui transsude
 de sa présence abyssale. 

Érigé dans la folle avoine, je le traque l’aurochs éternel hérissé d’angons dont l’œil béant/m’invite à la chasse infinie


Si le poète sait véritablement d’où il vient, et pourquoi il existe sur terre — afin de modeler des mots — cela ne l’empêche pas cependant de voguer vers d’autres cieux fussent-ils impénétrables, mais où la chair transcende la  présence abyssale. « Si vous tentez de savoir ce que je suis, je ne puis que conseiller d’interroger les poèmes qui au fil du temps ont formé mon journal de route. »

Ainsi porte la poésie… Comme aussi va la vie…


Jean-Frédéric Temple – La chasse infinie et autres poèmes, – Gallimard – 9782072880469 – 9,50 €


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