Terres promises : Milena Agus, ou le mirage d'un ailleurs

Mimiche - 22.08.2018

Livre - Milena Agus - Terres promises - Italie Milena Agus


Les Terres Promises que nous annonce Milena Agus sont partout et nulle part. Elles sont le mirage d’un ailleurs dans lequel les promesses ne sont nullement acquises si on ne les a pas emmenées avec soi.

 


Engagé volontaire dans la Marine italienne, Raffaele avait terminé la guerre dans un camp allemand de prisonniers, dont les Américains l’avaient libéré. Et il n’était pas resté très longtemps en Sardaigne, à son retour au pays, et avait repris rapidement son travail dans la Marine à Gênes.

Ester, qui avait ainsi vu revenir au village un garçon bien différent de celui qui était parti, des années plus tôt, n’avait pas rompu ses fiançailles avec lui et, malgré l’opposition de sa mère et les libertés que Raffaele s’était octroyées à Gênes, elle avait fini par épouser son fiancé et, comme ils étaient tous les deux d’accord pour se demander comment on pouvait vivre dans un village de Sardaigne, elle l’avait suivi à Gênes, où était bientôt née la petite Felicita, puis, ensuite à Milan quand Raffaele avait perdu son travail à Gênes pour en retrouver un autre là-bas.

Mais là, Ester avait fini par se laisser gagner par le mal du pays, et ils y étaient rentrés, ce qui n’était du goût ni de Raffaele qui n’y avait pas de travail, ni de celui de Felicita qui n’aimait pas du tout les sermons de sa grand mère, assenés pour des tas de motifs futiles à ses yeux, à chacune des occasions qu’ils avaient eues de revenir sur l’île.

Ces Terres Promises que nous annonce Milena Agus sont partout et nulle part. Elles sont le mirage d’un ailleurs dans lequel les promesses ne sont nullement acquises si on ne les a pas emmenées avec soi.

Comme dans tous les livres précédents de Milena Agus que j’ai eu le plaisir de lire depuis ce Mal de Pierre par lequel je l’avais découverte, j’ai immédiatement trouvé cette ambiance décrite en quelques coups de pinceau rageurs, précis, minimalistes, qui laissent tout loisir pour lire, derrière les lignes, tout ce qui n’est pas explicitement raconté.

C’est réellement un travail d’orfèvre que cette succession de chapitres courts (à peine quelques pages : parfois il n’y a même pas de « s » à « page » !!! ) par lesquels des photographies instantanées décrivent un évènement, puis un autre. Cela pourrait être un album photographique où la chronologie de ce qui est présenté s’arrête sur des moments importants, laissant le courant de la vie et l’imagination du lecteur faire le reste : un lien entre deux moments qui ont imprégné la pellicule et qui sont ainsi seulement suggérés.

Pourtant c’est autour de ces instantanés que Milena Agus laisse la bride sur le cou à ses personnages qui deviennent soudain le reflet de l’Italie de l’après-guerre où les nostalgiques de Mussolini et les partisans de l’URSS s’écharpent, où les premiers stigmates du tourisme viennent privatiser et défigurer les paysages autrefois accessibles à tous, où la politique agricole met à genoux ceux qui auraient voulu continuer à vivre de la terre, où les discussions animées, philosophiques ou politiques ne mettront jamais tout le monde d’accord.

Et quelles que soient les épreuves par lesquelles chacun passe, c’est un indéfectible message d’optimisme qui est adressé à tous puisque « si la bonté et la beauté ne l’emportaient pas, tout n’aurait-il pas pris fin depuis longtemps ? ».
 

[Extrait] Terres promises de Milena Agus


Même s’il existe des tas d’occasions de mesurer ce que tristesse veut dire, c’est dans le cœur de chacun qu’elle trouve des raisons d’espérer, des espoirs pour demain, des combats pour tenter de réussir cette impossible synthèse entre idéaux chrétiens et communistes.

J’adore cette façon anodine de tout évoquer, même les futurs les plus sordides, sans en avoir l’air, mais avec des convictions profondes à faire partager, tout le long de trois générations qui, dans cette fin de XXe siècle, début du XXIe, ont vu tant de choses bouger sans laisser aucune certitude s’installer.

A lire sans tarder.


Milena Agus, trad. italien Marianne Faurobert - Terres promises - 9791034900077 - 15 €
 


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