The Girls, d'Emma Cline : Monumental ! 

Auteur invité - 26.06.2017

Livre - Emma Cline The Girls - adolescence secte violence - société amérique douleur


Imaginez le regard qu’aurait porté la cinéaste Sofia Coppola sur ces girls de la « famille » de Charles Manson qui, un soir d’août 1969, assassinèrent sauvagement l’actrice Sharon Tate et quatre de ses amis, sa capacité à ausculter les bandes de filles et à dissoudre leurs quêtes, ambiguïtés et turpitudes adolescentes, la violence et la douleur qui les accompagnent parfois, dans une forme de transcendance romantique inégalable.



 


Emma Cline s’en approche dans ce premier roman qui laisse le fait divers sanglant en périphérie et ne le traite qu’en filigrane, changeant au passage les noms des protagonistes, là où Simon Liberati, lors de cette même rentrée de septembre, offrait une dissection brute et crue de la violence de cette même tragédie. 
 

Ce qui préoccupe Emma Cline, ce n’est pas l’aboutissement, mais la genèse : pourquoi ces filles torturent et massacrent-elles au nom d’une idéologie dominante comme vous et moi allons au supermarché ? Evie, rejeton de quatorze ans de parents divorcés, ne trouve aucun refuge dans la cellule familiale éclatée, et cherche une échappatoire à sa vie morne.

Elle trouvera le grand frisson au contact d’une belle brune qui la subjugue, l’électrise, dont elle tombe amoureuse et qui l’entraînera avec elle dans sa bande de hippies camés gravitant autour d’un gourou chamanique nommé Russell. Jusqu’au drame. 
 

Derrière l’exemple d’Evie se dresse le portrait de beaucoup d’autres, de toutes ces adolescentes, ces girls universelles en manque d’estime de soi, en quête d’identité, de transcendance.

On perçoit, derrière les descriptions poétiques de ce parcours initiatique et morbide au cœur de l’Amérique de 1969 – celle des drogues, des Diggers, du Vietnam, de Bob Dylan et du sexe –, un écho de nos sociétés et de nos peurs contemporaines, comme la crainte d’un fondamentalisme religieux qui nous paralyse.
 

[Extraits] The girls d'Emma Cline  


À ces peurs, Emma Cline répond que la cause au nom de laquelle la barbarie est exécutée n’en est pas forcément la première responsable, et que l’influence d’un être sur un autre, fragile et paumé, peut être bien plus dangereuse que l’idéologie.
 

Alexis Weigel,
47°Nord (Mulhouse) 

 

en partenariat avec le réseau Initiales

 

The GirlsEmma Cline, traduction Jean Esch – La Table ronde — 9782710376569 — 21 €