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Thibault Bérard ou le couple, au seuil de la souffrance

Anahita Ettehadi - 30.03.2020

Livre - Thibault Bérard - juste forts frappés - maladie couple souffrance


ROMAN FRANCOPHONE – Tout d’abord journaliste puis éditeur, Tibo Bérard dirige les collections Pépix et Exprim' aux Éditions Sarbacane. Il passe de l’autre côté du miroir et devient Thibault Bérard, révèlant un premier roman sidérant d’émotions, Il est juste que les forts soient frappés, aux Éditions de l’Observatoire. L’histoire d’amour d’un jeune couple ying et yang, Théo et Sarah, qui voit brusquement leur vie se ternir par les affres de la maladie... 



 
Jeune femme morose aux allures punk, Sarah a déjà flirté avec la mort. Elle est même persuadée que celle-ci viendra la chercher avant ses 40 ans — sorte de mantra qu’elle ne cesse de se répéter. Tout bascule le jour où, à 30 ans, elle rencontre Théo, son cadet de six ans. C’est l’amour fou. Leurs tempéraments et leurs caractères se complètent ; leurs passions des livres, du cinéma, de la musique se répondent. Le bonheur est à portée de main. Malheureusement, la vie en décide autrement. Quelques années plus tard, Sarah décède d’un cancer.

Saisissant d’emblée l’ampleur de la situation, le lecteur souhaite néanmoins connaître toute l’histoire. L’auteur ne s’embarrasse pas d’un faux suspens pour le tenir en haleine et va l’accrocher, le harponner, avec la voix originale et percutante de ce fantôme.

C’est bel et bien la défunte jeune femme qui relatera les événements, disséquera sans aucune gêne ni pudeur les moments les plus radieux comme les plus rudes, convoquera ses souvenirs, leurs souvenirs — leur rencontre, cet amour grandissant, vigoureux, évident, le désir de fonder une famille, et surtout, la promesse d’une guérison. 

Le roman se compose de trois parties, chacune constituée de douze chapitres s’ouvrant sur un titre évocateur — un instant précis, un prénom. Les scènes se déploient alors sous les yeux du lecteur comme s’il s’agissait d’une galerie de tableaux emplis de sensibilité, d’émois, et avant tout de vie. La mort est le maître-mot de cet ouvrage. Pourtant, Thibault Bérard, en alchimiste de l’émotion et de la narration, parvient à puiser dans cette matière pour la changer en quelque chose d’étonnamment suave et émouvant.
 
Sarah est multiple, en effet : à la fois espoir, douleur, ombre, lumière, elle fait éprouver au lecteur toutes sortes d’états, de sensations — colère, injustice, allégresse, chagrin — et les lui fait vivre au plus près du corps et du cœur. 

Porté par une écriture solaire, vive et ciselée, le récit possède ce quelque chose d’intimiste et d’authentique grâce à une riche fresque de références littéraires, musicales et cinématographiques. Le lecteur est ainsi totalement immergé dans la vie de ces deux personnages on ne peut plus attachants.

Malgré son début tragique, Il est juste que les forts soient frappés est définitivement un livre à part : l’auteur pointe l’injustice constante de la vie sans jamais tomber dans le glauque, et tourne certes quelques fois le couteau dans la plaie, mais pour enfin montrer combien la vie peut être belle, surprenante, et ce, quoiqu’il arrive. Un livre dont l'on sort sonné mais enchanté.  


Thibault Bérard – Il est juste que les forts soient frappés – L’Observatoire – 9791032908815 – 20 €


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