Tijuana City Blues, Gabriel Trujillo Munoz

Clément Solym - 09.06.2009

Livre - Tijuana - City - Blues


Miguel Angel Morgado est avocat à Mexico. Plutôt du genre à défendre ceux dont on ne s’occupe pas trop. Et réputé pour cela, du reste. Dans son appartement, aujourd’hui, impossible de travailler, car les charpentiers qu’il a fait venir s’escriment à faire un raffut de tous les diables pour monter cette bibliothèque qu’il a commandée. En désespoir de cause, il décide de jeter l’éponge, de laisser la place aux ouvriers et de s’exiler loin de tout ce bruit.

 

 

C’est le moment que choisit Blondie, un ébéniste (faut pas confondre), membre de l’équipe, pour venir lui demander de l’aide. Le père de Blondie a disparu dans une fusillade à Tijuana, laissant sa mère enceinte de deux mois sans nouvelle depuis lors.

 

Quelques photos jointes à sa quête finissent d’appâter l’avocat qui accepte de partir sur les traces de ce gringo, exilé au Mexique, plus ou moins hippy et communiste, en relation avec un écrivain américain qui a assassiné son épouse d’un coup de revolver, mêlé (de loin ?) à des trafics illicites et dont la mère de Blondie, décédée depuis peu, a laissé en héritage à son fils une image idyllique dont ce dernier ne sait trop que penser. Cela suffit ! Morgado est déjà parti sur la piste. 

 
 

Le format du bouquin est superbe (nous vous l'avions déjà annoncé). Tout comme la matière, le papier, le graphisme ou la couverture. Tout comme le texte enlevé et efficace. Ainsi que la longueur du récit qui en ferait presque plus une nouvelle qu’un roman ! Mais c’est certainement là que s’affrontent la meilleure et la pire des choses.

 

La meilleure, car c’est une action qui se lit d’une traite, sans prendre le temps de respirer, qui se dévore d’une bouchée goulue et gourmande. La pire, car c’est une action qui se lit d’une traite, sans prendre le temps de respirer, qui se dévore d’une bouchée goulue et gourmande.

 

Le lecteur pressé y trouvera le bonheur de ne pas voir passer les stations de métro ou de RER sans pour autant perdre le fil d’une énigme qui devrait s’étaler sur plusieurs voyages.

 

Le lecteur moins pressé regrettera un texte épuré qui aurait pourtant bien mérité de nous faire profiter plus à fond du milieu dans lequel il se déroule (un peu comme dans « American Visa ») avec les sensibilités tellement différentes d’un « pays où la vie ne vaut pas grand-chose », où « les Mexicains considèrent la mort comme une banalité quotidienne qui ne les impressionne pas trop ».

 

Ces développements manquent un peu pour mettre en lumière des villes, des milieux, des ambiances à mille lieues de trop de stéréotypes aseptisés. Il y a un vécu énorme derrière cette fiction et il est un peu dommage de ne pas en profiter plus.

 

Il ne faut cependant pas bouder son plaisir : le scénario est bien ficelé et, comme il se doit, nous amène à constater que rien n’est exactement ce qu’il paraît être, qu’il faut aussi bien se méfier des apparences que du récit des protagonistes qui ne voient que ce que le magicien veut bien les amener à voir, et que, comme toujours, la réalité des choses est largement troublée par une vision amoureuse. !

 

D’un autre côté, c’est un peu dommage que le récit ait laissé passer des incohérences de temps dans les actions repères qui ponctuent l’histoire. À l’issue de cette lecture expresse, me revient à l’esprit une vieille histoire à propos d’Ésope qui aurait prétendu que la langue était « la pire et la meilleure des choses », capable de déclamer des merveilles puis de distiller les pires vilenies. Vous l’avez certainement compris, c’est dans un tel partage que mon sentiment se trouve après avoir refermé ce petit polar savoureux et amer.

 
 

 


Retrouvez Tijuana City Bluies, de Gabriel Trujillo Munoz, en librairie. 




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