Ton visage entre les ruines, de Laurence Biava

Clément Solym - 13.04.2011

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Le Docteur R. officie au service de gérontologie de la Salpetrière, un éminent hôpital parisien. C’est là qu’il reçoit pour la première fois, en juin 1976, une femme d’une trentaine d’années à lui prétendument envoyée par le médecin-chef de l’institut neurologique de Cuba.

Accompagnée de la seule note de transfert qui l’avait conduite à la Salpetrière, elle était atteinte d’une amnésie globale constante d’une ampleur exceptionnelle interdisant tout diagnostic complet du fait de la quasi-impossibilité d’entrer durablement et valablement en relation avec la patiente.

Incapable seulement de fournir ni son identité véritable ni sa date de naissance exacte, son passé récent ou lointain semblait lui avoir été totalement enlevé.

Pendant les neuf mois qu’à duré son séjour dans le service du Docteur R. avant de disparaître à tout jamais sans explication aucune, celui-ci n’a pas réussi à établir un contact significatif avec sa patiente.


Ce n’est qu’une fois qu’elle eut disparu que le Docteur R. retrouva des feuillets d’un journal et d’une correspondance de celle que, par un quiproquo banal, il avait cru devoir appeler Evolène.

Ce sont ces documents, encadrés par des considérations autant médicales que personnelles du médecin, que présente ce petit roman. Médicales car le sujet le laissait perplexe dans sa complexité. Personnelle car la relation créée par lui avait pris une tournure tout autre que professionnelle.

Je crois qu’il convient de prévenir le lecteur potentiel de cet ouvrage : si vous n’avez pas, comme moi, un lourd bagage « psyquelquechose » derrière vous, non content d’être désarçonné par un texte compliqué et obscur, vous passerez, comme moi, complètement à côté.

C’est certainement dommage, car, alors, il ne reste plus qu’à éplucher de manière très critique (et pas forcément très sympathique certainement) un texte qui peine ainsi à rester cohérent.

Comment, après avoir perdu « la grammaire, les conjugaisons, oublié les temps, dilapidé la majeure partie de (son) vocabulaire » la patiente peut-elle encore continuer à écrire un texte construit ?

Comment, dans cette aliénation totale du souvenir, pourrait-elle être en mesure de reprendre son texte, dix ans après, pour l’amender ? Comment, dans cette perte du vocabulaire, user de termes si spécifiquement médicaux que même le Petit Larousse, n’en a pas entendu parler ?

Comment se rappeler avoir compris les gestes nécessaires pour faire cuire un œuf alors que l’instant précédent, la seule forme de la chose s’avérait insuffisante pour lui attribuer une signification ?

Et au bout du compte (conte ?) ; l’impression d’avoir avalé une suite de mots inextinguible si ce n’est inintelligible. Dommage, il y a quelques passages d’une poésie certaine dans les fragments de correspondance.


Mais rien de suffisant pour que je vous invite à cette lecture dont les premières pages avaient pourtant éveillé mon intérêt.

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