Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Transcolorado : tempête sous un crâne

Cécile Pellerin - 10.04.2017

Livre - Littérature française - Amish - Etats-Unis


En ouvrant les pages du premier roman de Catherine Gucher, vous allez apercevoir sans difficulté des ciels immenses, bleus, rouges ou noirs, de grandes plaines où paissent des chevaux Appaloosa, des forêts de sapins Douglas, des routes accidentées sillonnées par quelques buggies amish ; vous allez même deviner les sommets des quatre montagnes,  bref, ETRE au Colorado.

 

L’évasion est à portée de mots, immédiate et visuelle, semble annoncer l’aventure et le dépaysement dans les grands espaces américains. Mais, ce qui surprend, au final, et peut dérouter un peu, c’est que le voyage pressenti ne se réalise pas exactement comme prévu.

 

 

En effet, il est plus intérieur, s’accomplit davantage dans la tête de la narratrice, Dan Mary Carvy, jeune femme paumée, cabossée par la vie,  avec “des araignées dans la tête” que réellement dans les prairies de l’ouest américain.

 

Mais les chemins empruntés ne sont pas désagréables pour autant.

 

Si l’existence de Dan est un chaos, elle est pourtant réglée par les habitudes. Maintenue hors du gouffre par les cafés-whiskys quotidiens, la pension qu’elle récupère chaque mois au bureau de poste, et les trajets en Transcolorado, la narratrice attend, au bar comme à l’arrêt de bus ce qui va changer sa vie et chasser ses tourments. “Je sais que quelqu’un va venir et s’arrêtera pour moi.”

 

Et un jour, Tommy, l’homme à la balafre entre dans sa vie, atténue le vacarme dans sa tête. “Tommy m’a pris la main et m’a emmenée directement où il voulait aller.” Le changement et l’apaisement sont en marche,  à peine retardés  par un court séjour chez les Amish, le souvenir d’un traumatisme, ou certaines blessures de l’enfance marquées par les crises de “grand vent dingue” de sa mère.

 

Progressivement, accompagnée par quelques personnages secondaires, l’héroïne s’arrache à ses angoisses, remet ses pensées en ordre, pose enfin son sac et se met à vivre.

 

Certes le personnage principal, fragile et sensible est attachant ; l’émotion circule, bienveillante et douce. Mais pourtant, au-delà de la tendresse, d’une belle humanité, il semble manquer quelque chose à cette histoire pour qu’elle emporte sans résistance.

 

La tonalité paraît trop faible par moments, impuissante à faire jaillir et exploser les couleurs vives des paysages, la violence des orages d’automne ou les pluies torrentielles ; le rythme manque parfois d’allant pour convaincre pleinement,  et les personnages secondaires trop effleurés, restent à distance du lecteur.

 

Néanmoins, l’écriture est fluide et agréable, délicate et sans ennui. Presque apaisante.

 

A noter que ce roman figure dans la deuxième sélection des dix romans retenus pour le prix Ouest-France-Etonnants Voyageurs 2017.


Pour approfondir

Editeur : Gaia
Genre :
Total pages : 192
Traducteur :
ISBN : 9782847207453

Transcolorado

de Catherine Gucher

Au-dessus des grandes plaines, quand le ciel immense est trop bleu, une fille un peu cabossée par la vie monte dans le bus. Le Transcolorado l'emmène jusqu'à l'arrêt des quatre montagnes, et puis elle rentre. Le jour où Tommy avec sa balafre passe la porte du bar du bout de la route, elle sait que quelque chose s'avance qui peut changer un bout de son existence.

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