Traumatismes et quête d’identité : Walker, l’odyssée d’après guerre

Camille Cado - 21.08.2020

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Initialement publié en 2018, The Long Take, signé par le poète écossais Robin Robertson, suit l’histoire de Walker, un jeune vétéran hanté par les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. Il essaie de se reconstruire aux États-Unis. Un road novel, qui mêle les vers et la prose, désormais traduit en français aux éditions de l’Olivier par Josée Kamoun.
 
 
Walker, c’est celui qui marche dans les rues de Manhattan, de Skid Row ou encore de Chinatown sans autre but que de se retrouver. C’est celui qui erre entre les fantômes du passé, avec, sur le dos, le lourd poids de la culpabilité. Un homme à la dérive, victime de la guerre 39-45. Un syndrome post-traumatique.

Le jeune vétéran canadien quitte l’Europe en 1946, mais décide de ne pas retourner auprès des siens, en Nouvelle-Écosse. Il ne peut pas, pas après ce qu’il a fait, pas après ce qu’il a vu. Seul et entouré de fantômes, il part aux États-Unis, afin de donner un sens aux horreurs qu’il a vécues. C’est à New York que l’épopée commence, puis à San Francisco et à Los Angeles : des villes lumière choisies dans l’espoir de se reconstruire.

Contrairement à Ulysse, son long voyage n’aura rien d’extraordinaire : un travail de journaliste, des rencontres, quelques beuveries. Mais il suffit d’un cri, de l’accélération brutale d’un véhicule, ou d’un bar surchargé, pour que le protagoniste retrouve les champs de bataille. Ou pire, en plein milieu de l’opération du débarquement sur la côte normande à l’été 1944. 

Walker peine à trouver sa place dans cette Amérique d’après-guerre, dominée par la quête perpétuelle d’argent et de pouvoir. Et puis, l’agressivité de la ville et la violence du maccarthysme, que le narrateur compare d’ailleurs au fascisme. Le cinéma reste pour cet ancien soldat, nostalgique d’un temps qui n’est plus, sa seule source d’évasion. Des films d’Orson Welles à ceux d’Anthony Mann, en passant par Robert Siodmak, ou encore John Alton.

Et face à ce personnage sans repère, désœuvré dans un monde qui n’est visiblement plus le sien, le texte est lui-même désorienté, mêlant à la narration au présent, des flashbacks, des rêves, des extraits de cartes postales ou encore de journaux intimes. 
 

Outre les profondeurs de la guerre, qui ne cessent de ressurgir tout au long du poème comme un spectre de plomb, Robin Robertson parle de ceux que l’on ne voit pas : des anciens vétérans, des sans domicile fixe, des gens perdus. Une œuvre lyrique sur ce qui signifie être homme, pour ceux qui ne le peuvent plus. 
 
Robin Robertson est un poète et éditeur écossais. Il a travaillé pour Penguin Books et Secker and Warburg avant de rejoindre le département fiction et poésie de Jonathan Cape. Son premier recueil, A Painted Field, publié en 1997 aux éditions Picador, a été salué par de nombreux prix anglo-saxons. 

The Long Take, paru en 2018 aux éditions Picador, a été distingué par le Goldsmiths Prize et le Walter Scott Prize, faisant de son auteur le premier Écossais, mais également le premier poète, à remporter le prix. L’ouvrage figurait également dans la liste des finalistes du Prix Booker.

Et probablement l'un des ouvrages les plus spectaculaires de la rentrée.


Walker – Robin Robertson, trad. Josée Kamoun – Éditions de l’Olivier – 9782823614800 – 23€

 
 
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