Travailler plus pour gagner moins, Gilles Biassette & Lysiane J. Baudu

Clément Solym - 12.01.2009

Livre - travailler - plus - pour


« Je serais le président du pouvoir d’achat » martelait Nicolas Sarkozy lors de la campagne pour les élections présidentielles. La France s’est alors découvert une nouvelle obsession, celle du pouvoir d’achat.

 

Outre atlantique, une entreprise n’a pas attendu 2007 pour relever le défi d’offrir « des prix bas tous les jours » à ses clients. Ainsi, le géant de la distribution Wal-Mart martèle sans cesse ce slogan. Selon son PDG, Lee Scott, les consommateurs vont continuer à dépendre de Wal-Mart pour économiser leur argent afin de pouvoir vivre mieux, qu’il s’agisse des personnes âgées ou de la classe moyenne. Un nouveau slogan a même été mis à l’ordre du jour : «  économisez de l’argent, vivez mieux » (« Save money, live better »).

 

L’empire Wal-Mart, c’est deux millions de salariés dans le monde, plus de 180 millions de consommateurs par semaine pour un chiffre d’affaires annuel de 378 milliards de dollars, soit plus de 2 % du PIB des Etats-Unis et à peine moins que celui de la Suisse. Seul un américain sur dix vit à plus de vingt cinq kilomètres d’un supermarché Wal-Mart, et personne outre Atlantique ne vend autant de bijoux ou de paquets de chips que Wal-Mart. Chaque année, ses ventes dépassent celles de Ford, d’IBM, de Microsoft et de Boeing réunies…

 

Les auteurs, tous deux journalistes, reviennent longuement sur les dessous du succès de cette entreprise. Il s’avère que tout n’est pas aussi rose qu’il n’y paraît.

 

Wal-Mart s’inscrit comme l’antithèse de General Motors. Alors que le géant automobile octroyait des salaires tout à fait convenables à ses salariés pour qu’ils puissent acquérir des voitures, Wal-Mart cherche à compresser la masse salariale. De ce fait, ses salariés n’ont souvent pas d’autre choix que de devenir client d’un hard discount, et en général de Wal-Mart…

 

Ainsi, afin de réduire au maximum ses prix, Wal-Mart va s'aider de différents moyens. Parmi ceux-ci, l’utilisation de l’informatique et de la logistique de manière à obtenir une quantité d’informations ce qui lui donne un pouvoir considérable vis-à-vis de ses fournisseurs : aujourd’hui, c’est Wal-Mart qui donne ses ordres aux fabricants et non le contraire. Les auteurs démontrent comment Wal-Mart va chercher à comprimer au maximum les salaires et les conditions de travail de ses salariés : absence d’assurance maladie, pas de cotisation retraite, heures supplémentaires non payées, lutte sans merci contre les syndicats, et même dans certains cas, enfermement des salariés la nuit dans les entrepôts…

 

Afin de ne pas être éliminé par Wal-Mart, les autres distributeurs (l’ensemble des grandes surfaces, mais aussi les petits commerces) n’ont pas d’autre choix que de suivre ce chemin (réduction de la masse salariale, discussions serrées avec les fournisseurs…), ce qui peut entraîner à terme une paupérisation des sociétés où Wal-Mart est implantée. Wal-Mart détient plus de 7000 magasins à travers le monde, mais très peu en Europe (sauf en Angleterre), et aucun en France, mais pour combien de temps ?

 

Le géant national, Carrefour, qui ne pèse en bourse « que » 30 milliards de dollars, pourrait en effet être une cible de choix pour Wal-Mart. 30 milliards de dollars ne représentant qu’un peu moins de l’équivalent de quatre années de profits pour Wal-Mart.

 

Ce livre, tout en faisant un rappel historique de la naissance et de la progression fulgurante du géant mondial de la distribution, nous explique, de manière argumentée, les dessous de ce succès mais aussi et surtout ses conséquences sur l’ensemble de la société, conséquences souvent préoccupantes…


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