Traversée du Mozambique par temps calme, Patrice Pluyette

Clément Solym - 05.11.2008

Livre - traversee - mozambique - temps


Mon très cher Patrice - permettez que l'on soit familier, après tout, les voyages rapprochent les gens, et vous venez de me balader pas mal. Mon très cher Patrice, disais-je, vous êtes nommé pour un prix littéraire que je vous souhaite d'acquérir, et que justement l'on connaîtra aujourd'hui. D'ailleurs, vu la qualité de votre ouvrage, ce serait une belle honte qu'il vous passe sous le nez. Et je vais ajouter à cette flatterie que vous me semblez le seul à le mériter.

Maintenant que les 50.000 euros investis par votre éditeur pour s'assurer que notre chronique vous soit favorable, on va parler d'homme à homme, mon cher Patrice.
Les voyages en bateau, depuis Ulysse, c'est un brin éculé, non ? Les incursions du narrateur dans le périple qui doit mener Belalcazar et son équipe de bras cassés vers les territoires du Païtit, Diderot en avait fait de plus sympathique. Les renversements et les deus ex machina tirés du chapeau d'un magicien, ce n'est plus vraiment d'actualité...

En bref, êtes-vous en train de vous dire, la corruption que votre éditeur a tentée, nous sommes en quelques lignes en train de la ruiner ? Pas du tout. Votre livre est un pur morceau de bonheur, découpé à même l'Olympe, ruisselant d'ambroisie, morceau de choix pour le lecteur en manque de belles choses.

Et si ma retenue et mon éthique n'entraient pas en jeu, je dirais tout de go que votre bouquin, c'est du baba au rhum pour un alcoolique. Mais je ne l'ai pas aimé. Du tout. Et bien plus qu'un retard de train, un soir de fin de vacances scolaires, je vous assure que ça m'a foutument mis en rogne.

Pourtant, j'ai souri de toutes mes dents intérieures de ces méduses se sont agglutinées sur la coque du navire, j'ai adoré le pirate grosse brute au grand coeur tapi sous une barbe féroce, et qui tombe amoureux d'un des membres de l'équipage. Mieux encore, la petite pause au sein de la famille d'Inyoudgito était vraiment marrante, et vraiment, vous écrivez ce qu'on ne peut qu'aimer lire.

Mais je n’ai pas aimé votre livre. Et je ne me l'explique pas. Chaque page tournée me donnait l'impression que deux autres s'étaient ajoutées, j'avais du mal à suivre l'histoire, je rechignais à reprendre ma lecture. Je m'arrêterai là : mes sentiments n'ont pas à occulter le brio de votre bouquin. Si vous permettez, je prendrai un parallèle pour avouer humblement que le critique s'incline ici devant le livre et qu'il n'est pas apte à faire correctement son boulot.

Il arrive en effet que l'on puisse savourer chacune des notes, des arômes ou des goûts d'un vin. Mais qu'on ne l'aime pas. On peut avec précision dire tout ce qui est bon, et même à quel point il est bien fait, mais il ne nous plaît pas. Il en est allé de même. Ce que vous avez écrit est excellent, mais ça ne m'a pas plu. Et pourtant, je me faisais une joie de le lire, votre livre...

Dans l'espoir que vous accepterez mes modestes excuses, je me tiens à votre disposition pour discuter de tout cela.

Cordialement,

Nicolas Gary,
Directeur de la rédaction

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