Traverser le désert mexicain, avec un camion qui dégueule de cadavres...

Victor De Sepausy - 25.02.2020

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ROAD-MOVIE – Il suffit d’imaginer la chaleur pour déjà la cabine étouffante du camion. Gros et Vieux se succèdent au volant, sans autre objectif que de rouler, loin, le plus loin possible. Quand on a dans le véhicule un chargement comme le leur, il vaut mieux filer, ne pas demander son reste et prendre ses roues à son cou. Parce que dans ce pays, on ne fait pas de vieux os…



Une moiteur étouffante, et un impératif qui renoue avec le célèbre « marche ou crève » de Stephen King. Ici, on ne posera pas le pied à terre : il faut rouler, engloutir la route sans poser de question. C’est préférable. Et ne pas s’arrêter : tout juste pour mettre de l’essence, là c’est autorisé. Le reste du temps, non : on pisse par les fenêtres, pendant que l’autre tient le volant.

Un véhicule blanc, maculé de poussière et de trace d’urine, inéluctablement. Un camion frigorifique, qui traverse le désert, où cohabitent aussi bien les insectes, les cadavres, que les cactus. Gros et Vieux le savent : s’arrêter, c’est mourir. L’un dort, l’autre roule. Et on alterne. Sauf que le bastringue doit avancer coûte que coûte – et seul, impossible, même avec de l’amphétamine, de rouler tout ce qu’il faut de distance entre la ville et la destination finale.

Quand on a dans le frigo des cadavres à filer la gerbe tant ils sont docilement alignés et ont été dégueulassement tués, alors c’est la merde, que le camion puisse s’arrêter. 

Imagine alors qu’on te le choure, ton bolide…

Sebastien Rutés a choisi une forme de logorrhée mentale pour plonger le lecteur dans l’enfer d’un voyage mexicain pire que la traversée de la Gehenne. Autour de ses personnages, une sorte de limbes. Et dans la tête de Gros, tout le paysage intérieur qui filtre les événements analyse, tant bien que mal, le voyage. 
 
Deux loosers, comme ce pays en compte manifestement des masses, qui plongent vers l’enfer, sans guide pour les conduire. Juste un véhicule, lancé sur la chaussée hasardeuse, avec son fret de cadavres à livrer. Ou plutôt, dont il faut délivrer les autorités de la ville, qui seraient inquiétées.

Des phrases infinies, qui mâchent le cerveau comme le huis clos de ce récit emprisonne les chauffeurs. Victimes consentantes, désignées pourtant, il traverse les étendues pour décharger leur macabre cargaison. Une langue populaire, cacophonique et sans filtre : quand on pilote ce genre de monstre, les états d’âme s’arrêtent à la porte. 

Pourtant, Vieux et Gros, qui n’ont rien à se dire, vont tant apprendre. 

Oh, une chose : l'histoire est inspirée de faits réels. Son dénouement n'en sera pas moins surréel...


Sébastien Rutés — Mictlán — Gallimard — 9782072870576 – 17 €


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