Treize : de femme en femme, Irina Teodorescu pointe son talent d'écrivain

Cécile Pellerin - 19.01.2015

Livre - nouvelles - littérature française - femme


Ce court recueil de nouvelles, dont chaque titre ou presque est un prénom de femme, raconte, de manière insolite et souvent inattendue, des instants de vie ordinaires, observés avec un sens du détail et une sensibilité toute personnelle, pleine d'audace et de fantaisie.

 

D'une tonalité toute empreinte de dérision, ces histoires souvent malheureuses d'amours inabouties, contrariées ou mortes défilent sans pesanteur, touchent sans peiner. A la fois réelles et si lointaines, elles racontent le quotidien, les épreuves de la vie, l'air de rien, avec grâce et sourire, une légèreté qui semblent prendre soin du lecteur.

 

A l'évidence, chacun saura trouver un peu de soi dans ces histoires ; l'étonnement passé il trouvera même de l'apaisement à les poursuivre, s'en approprier certaines, à savourer cette proximité heureuse.  Satisfait que la littérature s'intéresse au banal, au quotidien, à ces petits riens qui le façonnent,  l'éprouvent ou le transforment, le font être, finalement.

 

Presque intemporelles, parsemées, ça et là, de clins d'œil littéraires et artistiques, ces treize nouvelles respirent au rythme d'une écriture simple et vivante, tonique, presque joyeuse et très contemporaine.

De Martine, traductrice d'Oscar Wilde, à Dorota, le modèle nu d'un artiste, de Marie, l'étudiante à Maud qui n'aime plus son mari, il y a chez ces (jeunes) femmes, une grande sensibilité et une finesse d'esprit, une quête de liberté et d'émancipation à la fois séduisantes et émouvantes.

 

Des sortes de combattantes, contraintes parfois à construire une autre vie sur des rencontres avortées ou contrariées, comme pour Amal, la jeune Palestinienne ou même Antoanela, la grand-mère de la narratrice. Et puis Céline, guidée par Victor Hugo et le hasard ou Amar et son petit sac bleu de clous qui perceront le cœur d'Anna.

 

Des rencontres poétiques,  des fables presque magiques au sein desquelles le lecteur se laisse emporter,  qu'il a même envie de prolonger parfois ; comme une invitation au rêve.

 

Irina Teodorescu est originaire de Roumanie mais vit en France. Depuis ce recueil, elle a publié un roman, La malédiction du bandit moustachu, (Gaïa, 2014), prix André Dubreuil du 1er roman.