Treize Jours de cruauté : voici comment se termine un conte de fées

Laure Besnier - 15.11.2017

Livre - Roxane Gay - Treize Jours - Rentrée littéraire 2017


Roxane Gay a décortiqué Treize Jours de cruauté, l’avant complexe et l’après réaliste d’un traumatisme indicible. En publiant cet ouvrage à l’occasion de cette rentrée littéraire 2017, les éditions Denoël n’auraient pas pu prévoir que le contexte actuel de dénonciation de la « culture du viol » allait rendre sa lecture d’autant plus importante. Un livre dur et implacable.

 



 


Publié originellement aux États-Unis en 2014 chez Grove Press, l’ouvrage de Roxane Gay a été traduit par Santiago Artozqui et publié aux éditions Denoël. Cette dernière, auteure engagée, est aussi connue pour son essai Bad Feminist (« mauvaise féministe ») qu’elle publia la même année. Treize Jours est traversé par les nombreuses problématiques qui hantent la romancière : les violences sexuelles, la notion de « race », la classe sociale, l’immigration, la famille....

 

En voici le pitch - glacial - : Mireille Duval Jameson vit aux États-Unis avec son mari et son fils. Elle décide de retourner en vacances à Port-au-Prince, chez ses parents haïtiens, anciens immigrés, revenus faire fortune dans leur pays d’origine. Alors qu’elle part à la plage avec sa famille, elle est kidnappée. Son père refuse de payer la rançon. Séquestrée, Mireille subit le pire pendant treize jours.

 

Au cœur de la cruauté

 

« Il était une fois, dans une contrée lointaine… J’ai été enlevée par un gang de jeunes hommes […]. Ils m’ont détenue pendant treize jours. Ils voulaient me briser. Cela n’avait rien de personnel. Je n’ai pas été brisée. C’est ce que je me dis. » C’est ainsi que commence ce « conte » macabre. À travers une narration à la première personne, Treize Jours invite le lecteur à se mettre à la place de l’héroïne, Mireille.

 

Cela permet de produire une empathie et une compréhension de l’horreur que vit Mireille. La victime décrit les sévices – physiques et psychologiques - qu’elle subit, avec des mots crus, durs. Au rythme des combats de Mireille qui prennent des formes différentes au fil des pages, le lecteur développe un sentiment de compassion et de révolte..

 

Mireille dresse aussi un portrait de ses bourreaux. Les sentiments ambivalents que cette dernière a, de compréhension, de pitié, de haine ou d’indifférence troublent le lecteur. C’est la force de Treize Jours : produire un livre à l’essence complexe, que la narration donne à voir sans besoin d'expliquer.

 

Une relecture de « l’avant »

 

En parallèle du récit de Mireille, le lecteur a un bref aperçu de ce que vit sa famille, et notamment son mari, qui la cherche et se confronte avec le père, qui refuse de payer la rançon. Même si l’on en connaît l’issue dès le début, le roman construit une certaine tension, un certain suspens.

 

Pendant ces treize jours de supplice, Mireille se rappelle des événements de sa vie – et même encore avant sa naissance - aboutissant presque inéluctablement à ce moment. Rappelons-le, elle est enlevée parce que ses parents sont riches. C’est l’occasion de raconter la vie de ces derniers, de leur statut d’immigré à leur retour à Haïti, où ils deviennent riches dans un pays où la pauvreté, la violence et le ressentiment règnent.

 

L’ouvrage fait le portrait d’une galerie de personnages, aux caractères bien distincts, depuis ses parents, jusqu’à son mari, en passant par sa sœur, qui dans leurs relations avec les autres incarnent des thématiques diverses : choc des cultures, famille, racisme, classe sociale…

 

L’insoutenable « après » ?

 

Comment vivre après un tel traumatisme ? C’est toute la question de la dernière partie du livre. Comment avoir à nouveau une bonne relation avec sa famille, son mari, son enfant ? Comment se reconstruire ? Que faire ? Mireille ainsi que chacun des personnages du roman cherchent des réponses.

 

L’ouvrage est un véritable voyage dans un traumatisme, ce qui y a mené involontairement, ce qu’il en ressort malgré soi. Mené d’une main de maître par Roxane Gay qui fait de son personnage principal, une héroïne incroyable de force, de courage et de dureté.

Roxane Gay - Treize Jours - trad. Santiago Artozqui - éditions Denoël - 9782207135945 - 22,90 €