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Triptyque, Karin Slaughter

Clément Solym - 04.07.2008

Livre - Triptyque - Karin - Slaughter


Un triptyque désigne dans son acception première une œuvre littéraire en trois parties. Dans le domaine des Beaux Arts, un ouvrage de peinture ou de sculpture en trois panneaux fixés les uns aux autres et superposables. Ce que l’on sait moins, c’est que les douanes délivrent également des triptyques, trois feuillets, qui servent à l’importation temporaire d’objets. Mais là, ça nous concerne déjà moins.

D'ailleurs, triptyque ou non, la première erreur communément admise par les éditeurs de polars en général, mais tout particulièrement de thrillers, est de vouloir faire accroire aux lecteurs que leur livre présente les qualités les plus exceptionnelles du genre. On retrouve ce défaut sur les quatrièmes de couverture de nombreux autres livres, mais il ne pardonne pas dans le cas du thriller. C’est cette absence de modestie qui fausse et biaise toute lecture : enfonçons des encadrements béants dont les portes n’ont même pas été ouvertes, ne vous y fiez pas. Jamais.

L’histoire de John Shelley se conjugue au passé. À l’âge de 15 ans, il est arrêté pour un meurtre sanglant, celui de Mary Alice, une ado de son collège. Cette dernière a subi viol, lacérations, violences et pour être assuré qu’elle tienne sa langue, elle lui fut arrachée. Avec les dents. L’année 1986 s’achèvera ainsi que les 20 suivantes, pour John, dans une cellule, avec une réputation de meurtrier sexuel, option grand malade. Mais il n’a pas le moindre souvenir de cette soirée. Certes, il est entré chez Mary Alice, mais hormis la gueule de bois du lendemain, causée par les drogues, aucun souvenir.

Retour à une époque moins barbare – quoique… – où l’agent spécial Will Trent et l’inspecteur Michael Ormewood découvrent avec effarement le cadavre d’une ado : 15 ans, tout au plus. Violée, lacérée. Et petit détail : elle a la langue arrachée. Avec les dents. Nous sommes en 2006. La peine de John est finie. Il travaille dans une station de lavage de voitures. Dans la ville où il a grandi. Celle-là même où l’agent spécial et l’inspecteur ont découvert le cadavre d’une ado lacérée. Bienvenue…

Voilà. Certes notre résumé occulte l’élément ‘tryptique’, mais il a au moins le mérite d’orienter le lecteur vers une première fausse piste, aisément évincée, mais au moins plus efficace.

Dans l’ensemble, et dans le détail également, ce thriller est sanglant, violent et surtout inefficace. Et quand on promet « le rebondissement le plus stupéfiant qu’on ait lu depuis longtemps » (dixit la 4e de couv'), on s’imagine qu’il s’agit du dernier chapitre, parce que sinon, au cours du roman, il s’est montré « stupéfiamment » discret. Appuyer par des références comme les films ‘Seven’ ou encore ‘Le Silence des agneaux’, c’est carrément de la publicité mensongère.

L’intrigue est correctement menée, et la tension reste dans la bonne moyenne des œuvres du genre. Les vagues de crimes choquent encore le lecteur qui n’a pas allumé sa télé depuis plusieurs années, et les milieux fréquentés – prostitution, famille aux squelettes bien planqués dans des placards, prison, etc., – participent à une ambiance bien fichue. Mais bon sang que c’est long ! Étaler 500 pages pour un tel récit, c’est affirmer haut et fort que l’on est payé au poids. Rabotez un tiers du texte, resserrez l’intrigue et là, oui, on naviguerait dans un thriller dense et efficace.

Et tout porte à croire que la traduction ne malmène pas le récit. Grâce à notre correspondant américain, nous avons pu effectuer quelques comparaisons : le boulot de Paul Thoreau, traducteur français, est tout à fait respectable.

Aussi, à moins de n’avoir rien de mieux à lire de vos vacances, vous pouvez vous épargner Triptyque. Sans regret.



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