Trois claques à Balzac, E. Brouillard, B. Mallart

Clément Solym - 13.02.2008

Livre - Trois - claques - Balzac


Comme si l'actualité avait besoin que l'on surenchérisse dans la violence, alors que ce cher professeur qui a giflé son élève insolent fait encore et toujours la Une ou presque des journaux.

Trois claques à Balzac est un OLNI, Objet Littéraire Non Identifiable. Une de ces choses qui vous arrivent dans les mains, vous arrachent une moue sceptique et finalement vous comblent de plaisir par son originalité et sa fraîcheur.

Ici, les auteurs en prennent pour leur matricule, leur grade et j'en passe, et finalement, non, on va y revenir pour lui mettre une bonne correction verbale, à ce pesant qui nous a pourri l'existence. Sous forme de quintils très structurés : deux vers de 8 syllabes, deux de cinq et un de huit, AABBA, (en somme, du très classique, puisque cette disposition se retrouve chez les rhétoriqueurs du XVe siècle), avec alternance de masculines et féminines, sans réelle règle fixée, on va vilipender, frapper, rosser, cogner dur et tabasser sans autre forme de procès, des auteurs morts qui ne nous ont rien fait.

Pour la petite histoire prosodique, cette forme s'appelle le limerick, c'est une création irlandaise, grivoise, voire irrévérencieuse, mais toujours humoristique, qui abrite dans le dernier vers, ce que l'on appellerait la pique, ou l'envoi... C'est Edward Lear qui en aurait vulgarisé et popularisé l'usage.

Et, oui, dans le fond, cela ne va pas sans rappeler le célèbre Avez-vous déjà giflé un mort d'Aragon...

Et chacune de ces strophes s'accompagne d'une illustration, à mi-chemin entre le surréalisme et le dadaïsme. C'est d'un plaisir invraisemblable. Autant visuels que sonores, ces petits pamphlets et les dessins deviennent jouissifs... à compter du moment où l'on a quelques lettres tout de même.

Car si nombre d'entre eux sont compréhensibles sans le moindre effort, au point qu'un scientifique récidiviste de mes amis en ait compris les subtilités, c'est dire, le recueil en compte quelques autres qui nécessitent un peu de culture. Cela fonctionne par allusions, en évoquant des personnages de romans et force est de constater que tout le monde n'a pas toujours ces références...

À titre d'expérimentation, nous en avons lu à des enfants de notre entourage. Il vaut mieux tester sur les enfants des autres, cela protège les nôtres. En choisissant bien les limericks, on arrive à des fous rires auprès des 9-12 ans, qui ne comprennent certes pas de qui on parle, mais se réjouissent du vocabulaire employé et des chutes où l'on parle de « donner la fessée », « envie de pisser » ou « mettre son poing dans la poire ». Sans jamais plonger dans une vulgarité trop crue et inutile.

Ici, plus que jamais, le calembour est un pet de l'esprit. Mais d'un esprit soigné...

En somme, cette collection Les mythographes marque d'excellents points, et ce, auprès de publics variés. Les 80 auteurs qui passent à la moulinette de l'humeur massacrante d'Emmanuel Brouillard au texte et Bruno Mallart pour les illustrations en prennent pour leur grade et c'est plutôt bien fait pour eux.

On en redemande, sans hésitation.