Trois coupes des champagne, Yves Pourcher

Clément Solym - 25.06.2009

Livre - trois - coupes - champagne


Bon, qu'on soit clair : le champagne s'il n'est pas millésimé, je refuse catégoriquement d'y toucher. Non, mais. Le luxe, ça se cultive... Et pas question de passer pour une moitié de connaisseur ou un quart de snob : on est entier où l'on n'est pas. Alors, voilà : avis aux producteurs. Toutefois, si vous nous faisiez parvenir un champagne classique, de type Moët, on ne le refuserait pas pour autant, hein, on n'est pas vaches. On comprend...

 

Car de champagne, il est question dans les milieux huppés et nantis que Lucien fréquente. Sorte de Rastignac qui parvient à infiltrer les plus grands, fréquentant des Coco Chanel, des Rotschild entre deux dîners, réceptions, défilés, il travaille pour Vogue et raconte la vie mondaine.

 

Nous sommes dans le Paris des années 20, tout n'est plus qu'amusement et légèreté, après les terribles années de 14/18 : la France veut s'amuser, celle qui en a plus que les moyens en tout cas entend bien en profiter. Pour le reste, qu'ils mangent du pain ou de la brioche, peu importe. D'ailleurs, on pourrait croire à la tragédie grecque dans ce texte, tant on n'y croise pas même l'ombre d'un prolétaire, d'un ouvrier ou d'un humain normal, à l'exception peut-être des chauffeurs de voitures.

 
Et encore...
 

Tout n'est que strass, paillettes, fêtes, innocence, voire insouciance : il faut dépenser et profiter du faste, en ignorant que demain tout peut arriver. Ou alors, parce qu'on en a éminemment conscience et que l'on préfère ne pas y songer. Car la guerre sera là un jour ou l'autre : nous, lecteurs, le savons. Mais eux, pauvres diables qui se débattent...

 

On va être franc : écrit par un professeur d'histoire, ce livre ne manque sûrement pas de valeur historique. Il manque cependant d'un peu d'intérêt littéraire. Ouais, c'est dur, anéfé... Mais le style est plat, ou éthéré et si c'est volontaire pour donner plus d'ambiance encore à ces années de papillonnage, alors c'est encore plus insupportable.

 

Bien sûr, raconter la vie d'une jeunesse dorée avant le terme est intéressant : on y découvre comment, pour certains, la vie peut n'être qu'une succession de vanités diverses. Pascal aurait adoré ce livre : on y retrouve toute sa théorie sur l'ennui et le divertissement. Mais le lecteur, lui, y trouvera des personnages qui finissent par lui courir sur le haricot. Si, si.

 

À force de passer à côté des événements, de ne vivre que d'instant en instant, sans vision de l'avenir – sinon celle d'un politique qui finira collaborateur sous Pétain – leur « insoutenable légèreté » en devient lassante. Et l'on finit par fermer le livre pour replonger dans les sales blagues de Vuillemin, juste pour toucher la vie de plus près.

 

C'est cette absence de réalité qui fait cruellement défaut au livre : pas de soucis, on n'a aucune peine à croire que tout est vrai, mais la succession de cette inconsistance superficielle n'en finit plus de peser sur le système. Et c'est par agacement, autant que par ennui que l'on parvient à la dernière page, et que l'on comprend combien tout n'est que calme, luxe, désespoir et volupté. Pour faire oublier le troisième, on s'est réfugié dans les autres.

 

Pas un mauvais bouquin, hein. Juste fait pour les amateurs de pipolisation...

 

 
 

Retrouvez Trois coupes de champagne d'Yves Pourcher en librairie