Trois jours à tuer : arrêtez la coke, fumez Louis Lanher

Clément Solym - 16.05.2011

Livre - voiture - bugatti - tuer


Mon adolescence m'a confirmé ce que je pressentais depuis un moment : les préoccupations de type vroum-vroum qui peuplaient l'imaginaire ras-le-bitume de mes petits camarades de classe ne me concernaient pas. Surtout quand l'un d'eux se décida à déclarer sa flamme, en faisant l'inventaire de sa personne, par lettre interposée, en se comparant le mieux possible à une voiture.

Alors, il me semble important de préciser combien la chose motorisée, qu'importe le nombre de ses roues, n'a pour moi aucun intérêt.

Du tout.

Et encore moins que ça. Au point que je confonde sans vergogne ni rougir une marque avec une autre, et prenne une Twingo pour une Rolls, alors qu'évidemment, il s'agissait d'une coccinelle. Et dans le rayon voiture de luxe, grosse cylindrée et ainsi de suite, j'excelle dans la médiocrité, tant je m'en fous. Simple comme bonjour, je m'en carre, joyeusement...

Et fort de ce que tu savais tout cela, mon petit Louis, voilà que tu sors un livre dont le protagoniste principal est un admirateur du dieu V12, un dévot du tour-minute, vénérant Sainte-Carosserie, et qui plus est embarqué dans une course automobile. Et pas n'importe laquelle : L'Ultimate Race. 3000 bornes pour relier Paris à Marrakech.

Rien que de penser que je vais me taper cette distance en voiture, j'en ai déjà plus envie de partir. Surtout en compagnie du grand vainqueur que tu nous as sorti, Louis. Maximillion Cooper, qui au demeurant existe réellement. Et vend des fringues. Mais je ne vais pas commencer à nous égarer. Et pour ne pas ajouter au grotesque de l'ensemble, la narration va se plier en trois jours.

Alors, qu'en est-il de cette course ? Des grosses cylindrées, Maximillion qui est le futur champion, même si un Inuit et un Texan vont tenter de lui griller la politesse. Et c'est à bord d'une Buggati, roulant pied au plancher, pour dévorer la route, brûler l'asphalte et effrayer le père de famille parti dans sa berline sur les routes de France… Sauf que la course n'est qu'un vaste prétexte pour remonter le temps dans les méandres de l'enfance de Maximillion : c'est connu, sur la route, on cogite, ou on écoute la radio, y'a que ça à faire.

Et entre deux rugissements de moteur, Louis nous distille un peu plus de venin dans l'esprit encore. Maximillion, c'est un malade mental : enfant, bébé, il alternait déjà entre froid manipulateur et meurtrier implacable. Comme animé d'une flamme, un double maléfique aux longs cheveux gris va tenter de tuer Grégory - ah, vraiment, Louis, s'en prendre au petit Grégory, c'est d'un goût ! Au détour d'un moment passé dans le parc, Maxoimillion entraîne Gregory vers les buissons, où il a au préalable pris soin de creuser ce qui sera la tombe de son rival. Grégory est un bourgeois puant, disposant d'une collection de petites voitures absolument imméritée. Alors que Maximillion, lui, il a ça dans le sang.

Sur son camion à pédales, déjà, il avait compris qu'il serait le plus grand conducteur de tous les temps…

Le crime serait presque parfait, avec une pelle - ou des tenailles, je ne sais plus - pour trancher une phalange à cet imbécile de Grégory. Le crime serait presque parfait, donc, et des larmes d'incompréhension roulent sur la peau douce du gros bébé joufflu. Maximillion savoure l'instant, jubile, exulte…
Sauf que le crime ne sera pas : la mère de Grégory intervient alors que Maximillion recouvre le corps tremblant et traumatisé du petit… Une agression, un fou qui s'en prend aux enfants, et voilà soudainement Maximillion hissé au rang de héros.

Et Grégory condamné aux cachets et à un traitement pour oublier…

Avouant un penchant pour Lynch et des riminiscences de Twin Peaks, durant l'écriture - le meurtrier insaisissable de Laura Palmer, le fameux Bob - Louis, tu continues de me plaire. Mais surtout, j'apprécie que tu me prennes pour un sauvage et que tu m'embarques dans une aventure à laquelle je sens bien que malgré tout, je demeure étranger. Trop de choses qui me manquent, trop d'ellipses accentuées par les évidences, tout un dédale dans lequel tu me fais croire que tu es là pour m'accompagner.

Sauf que n'est pas Virgile qui veut pour guider Dante au travers des cercles infernaux. Et toi, petit saligaud, tu apparais et disparais au gré de ta plaisanterie, en poussant le volume des moteurs au niveau rugissement, avant de nous laisser dans un silence fracassant, puisé dans un flash-back sordide.

Ça va tellement vite, que si le roman avait compté cent pages de plus, je ne l'aurais pas fini. Mais puisque nous partageons une passion pour la schizophrénie, je te propose que le prochain livre, nous l'écrivions ensemble. Comme je te l'ai dit, j'aime pas les voitures, mais les malades, ça me connaît... Et en attendant, je reprends ton livre : y'a sûrement moyen d'en faire un Codex de sorcellerie...