Trop près du soleil, aux ailes brûlées : Icare Trahi

Clément Solym - 11.05.2012

Livre - Icare Trahi - roman historique - Garde nationale


Le 30 mai 1832 au matin, le Père Joseph chemine tranquillement aux commandes de sa charrette tirée par Costaud lorsque, arrivé en vue du Moulin de Croulebarbe, au Petit Gentilly, il est interpellé par un ancien capitaine de la Garde nationale de Paris qui lui demande de l'aide pour emmener à l'hôpital un jeune homme victime d'un duel au pistolet.

 

Situation étonnante pour le Père Joseph : le duel s'est tenu, semble-t-il, sans témoin et sans médecin et personne n'est resté sur place pour prendre en charge le blessé.

 

Accouru donc auprès de ce dernier, le Père Joseph découvre avec effroi un visage qui le ramène un peu plus de vingt années plus tôt dans une maison de Bourg-la-Reine où venait de naître Évariste Galois. Un enfant que lui, le Père Joseph, avait alors surnommé « Icare Trahi ».

  

Ce livre est donc l'histoire romancée d'Évariste Galois, un jeune prodige des mathématiques, de l'analyse mathématique plus précisément, que la fougue et l'impatience empêcheront de devenir vieux sans pour autant l'empêcher, bien au contraire, de laisser, avec quelques notes fulgurantes, une empreinte remarquable pour cet Art, bien que non remarquée de son vivant par les Académiciens peu enclins, en fait, à donner sa chance à une jeunesse aussi rebelle.

 

Romancée est cependant cette vie, car, de toute évidence, les pièces manquent pour reconstituer complètement un puzzle difficile, dans une époque agitée, avec pour point focal un jeune homme débordant d'une énergie qu'il partagera entre son domaine de prédilection et des engagements politiques forts dans un paysage politique qui a bien du mal à se stabiliser.

 

Ce que j'adore dans les ouvrages de ce type, ce sont ces occasions qui me sont données de croiser, comme le personnage central du récit, tous ces noms illustres dont j'avoue, n'ayant que très peu de penchants pour l'Histoire académique, n'avoir jamais su faire le lien sinon entre eux, au moins entre les périodes qui les ont réellement vu se croiser. Des noms dont toutes les rues de toutes les villes portent la trace : de Lafayette à Blanqui en passant par Casimir-Perier, Dumas, Constant, Raspail et tant d'autres…

 

Car voilà comment j'aime l'Histoire : au travers de toutes ces anecdotes, oh certainement romancées et quelque peu éloignées, pour certaines, de la stricte réalité des faits qui ne parviendra, de toute façon, jamais jusqu'à nous.


Ce sont ces images d'un Paris disparu et pourtant encore caché dans certaines de ses ruelles, derrière certaines portes, dans certains bâtiments encore préservés.

 

Ce sont ces foules sans nom qui ont renversé les pouvoirs et surtout bien souvent versé leur sang pour que de nouveaux pouvoirs remplacent les précédents honnis. Sans changer vraiment le fond des choses. Le supplice du cercle sans fin de la « France d'en bas ».

 

Je trouve que Jean Paul AUFFRAY a le ton juste pour nous raconter cette courte vie, dans une langue vivante et enjouée, dynamique, frisant la folie d'Évariste et de son temps, caracolant dans la politique versatile, rugueuse avec les voisins de geôle, enthousiaste dans ces élans qui lèvent les foules qui crient la révolution dans les rues.

 

Pourtant, le récit retrouve régulièrement son calme grâce au pas métronomique de Costaud qui fait opposition à toute l'agitation de ces années fiévreuses, qui apporte un peu de sérénité à cette vie qui s'en va alors qu'il tire la charrette du Père Joseph emmenant ce corps blessé vers l'hôpital. Entre un hier disparu et un aujourd'hui auquel ne finira par survivre que son œuvre, la silhouette d'Évariste Galois se dessine dans une époque folle. 

 

C'est un bel hommage qui lui est rendu. C'est une lecture enrichissante et agréable qui nous en fait le cadeau.