Un autre jour pour mourir, de Carole Declercq, ou comment découvrir la Chaconne

Félicia-France Doumayrenc - 15.09.2016

Livre - Un autre jour pour mourir - Carole Declercq - chronique rentrée littéraire


Un deuxième roman est toujours attendu, c’est parfois en lui que s’assoit le talent d’un écrivain, parfois avec lui qu’il sombre dans l’oubli. Des écrivains l’écrivent parfois dans la portée du premier, d’autres attendent plusieurs années.

 

carole declercq un autre jour pour mourir

 

 

Carole Declercq ne nous aura pas fait languir. En effet, elle signe avec Un autre jour pour mourir ce fameux deuxième ouvrage qui transporte le lecteur dans un monde de mots et de notes auquel il ne peut rester insensible puisque l’on y parle aussi d’amour, de guerre, de souvenirs enfouis.

 

Le passé se confond avec le présent et met en scène l’héroïne prénommée Stéphanie partie perfectionner son talent de violoniste auprès du maître Stefan Fraundörer qui vit en ermite à Vienne. Cet éminent virtuose accepte, exceptionnellement, de diriger ce qui semble être sa dernière master class. La jeune musicienne se trouve, alors, confrontée avec un passé pesant porté par la culpabilité nazie, les relents d’antisémitisme, les secrets de famille si lourds que les dévoiler semble un abîme sans nom.

 

Musicienne de talent, née dans une famille où son père est chef d’orchestre et sa mère cantatrice, la jeune femme qui se remet difficilement d’un chagrin d’amour va découvrir à Vienne un autre pan du temps où le ciel semble s’être obscurci.

Où la musique prend une des premières places dans ce roman bercé par elle. 

 

À quoi sert l’émotion musicale ? À rien, si on y réfléchit bien. Elle n’est pas constitutive de notre part animale. Pourtant, elle nous est aussi nécessaire que respirer, boire manger ou aimer. On la cherche, on la traque, on la piste parce qu’elle seule fait vibrer en nous quelque chose qui nous paraît lointain, inaccessible, évasif. Contestable parfois. Notre âme.

 

C’est une des questions que se pose Stéphanie. Une partie de beaucoup d’autres. Vienne, ville de la musique par excellence, semble être le berceau de toutes les interrogations de l’héroïne, et aussi le visage de l’amour.

 

retrouver un extrait de Un autre jour pour mourir, de Carole Declercq

 

 

Je lève les yeux nébuleux et hésitants vers le visage qui me domine. Ai-je bien entendu ? Viens. Dis-le encore. Pour voir. Viens. C’est plus intime qu’un baiser, ce tutoiement soudain. Plus privé, plus osé qu’une caresse. Viens. Soutiens-moi. Porte-moi. Nous voici dans le salon. Il m’assoit sur le canapé, pousse doucement sur mes épaules pour m’allonger. Je ne vois que ses yeux doux, tendres, caressants. Viens. Il murmure. Sa voix est proche.

 

Un autre jour pour mourir se lit d’une traite tant l’intrigue est prenante et l’auteure a su distiller tous les ingrédients pour tenir le lecteur en haleine, comme une note suspendue au bout de l’archet de Stéphanie. C’est un roman qu’il faut lire en écoutant Bach, en particulier la Chaconne. C’est un livre pour mélomane et amoureux des mots, de Vienne qui est décrite de façon ciselée. 

 

C’est un écrit partition où l’on se prend à rêver d’être la jeune femme inventée par Carole Declercq. Un seul bémol : le titre qui peut égarer le futur lecteur. De cela, on ne pourra en vouloir à l’écrivaine. Ce n’était pas Un autre jour pour mourir qu’il aurait dû s’appeler, mais un autre jour pour vivre, un autre jour pour réapprendre la vie échappée de la musicalité de l’histoire.