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Un coup à prendre, Xavier de Moulins : l'art de n'être pas père - pas prêt ?

- 14.01.2011

Livre - pere - enfants - divorce


Jamais. Vous m'entendez ? Jamais ! Jamais je n'aurai d'enfants, monstre que je suis. Et forcément incapable de leur offrir le meilleur. C'est pas compliqué : les enfants, les hommes ne les aiment vraiment qu'au moment où ils quittent leur mère. Et pensez-vous qu'il soit sain pour leur équilibre qu'un père sans amour se change en bête de tendresse et d'affection, en échange de quoi, il faut faire une croix sur papa et maman, troquée pour maman contre papa ? Donc, non, pas la peine, les enfants, moi, jamais.

Alice, ses filles, Claire et Alma et leur géniteur, Antoine. Trentenaire angoissé, qui un beau jour de transgression, plus en mesure d'aimer sa femme, et les rondeurs que l'accouchement lui a laissé, décide de prendre une maîtresse. Une tout juste pubère, tout juste entrée en fac, tout juste comme il faut pour entretenir les fantasmes et la libido. Et cet imbécile va même réussir à en tomber amoureux. Il quitte femme et enfants, pour s'installer dans un appartement de célibataire en manque d'adolescence, insouciante, inconsciente.

Évidemment, l'intéressé kiffe grave. Juste avant de le larguer. C'est qu'elle, elle y patauge encore dans l'époque pétard, guitare, sans un studio mansardé sous les toits, option inconscience inconséquente. Et que, briser un couple, n'a rien de rassurant. Surtout quand ça entraîne des responsabilités. Père paumé, cherche sens à sa vie : pas sérieuse s'abstenir. Et depuis la rupture, Alice, femme avec les pieds sur terre et le sens des responsabilités (fortement soutenu par deux accouchements), décide que son ex-mari disparaîtra de sa vie.

Monologue intérieur, où s'égrènent quelques dialogues, quelques réminiscences, s'incrustant dans le présent d'un père qui se découvre, Un coup à prendre est le roman du trentenaire irresponsable, qui n'avait jamais cru que les responsabilités le rattraperaient. Sombre, triste, c'est le roman de la garde alternée, des deux maisons, du couple brisé par un pauvre type – littéralement et dans tous les sens. Ça frappe le coeur d'un homme, par sympathie, ça révolte le coeur d'une femme, rempli d'angoisses.


Mieux, c'est le roman que l'on souhaiterait à son pire ennemi, pour que sa vie explose, et qu'il se rende compte que tout est de sa faute. Roman initiatique moderne, il résonne profondément, comme disait Hugo, en écho au siècle. Les adolescents volatiles de Flaubert ou Stendhal laissent désormais la place à des adultes incapables, empêtrés et pas vraiment dégourdis. De quoi fiche une sacrée frousse.

C'est effrayant de dire que l'on peut bêtement faire basculer une vie, la sienne, si simplement. Et entraîner dans sa chute une femme, aimante, que l'on ne sait plus aimer, parce que le désir masculin est une bête mesquine, mais irascible. Et que dans la chute du couple, ce sont deux petites filles qui vont assister à l'éclatement de la cellule familiale. Ne rien demander à personne. Venir au monde et que tout se détruise méticuleusement : apprendre à vivre dans deux maisons, dans deux foyers.

Dans l'un, des souvenirs et une mère qui souffre. Dans l'autre, tout à inventer, à s'approprier et un père qui souffre. C'est triste. C'est donc ça la vie ?


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