Un été sur le Magnifique, Patrice Pluyette

Clément Solym - 02.09.2011

Livre - ete - magnifique - patrice


C'est que ça monte vite à la tête, le Lambrusco… Et en cas de grande chaleur, s'hydrater au Valpolicella n'est pas des plus recommandé. Pensionnaire de la villa Médicis durant la rédaction du présent ouvrage, nul doute que Patrice ait assurément pris le temps de savourer les produits locaux. Parce que son Eté sur le Magnifique fleure bon la corne d'abondance, les orgies romaines et les bacchanales… Amateur de voyages en mer, passez votre chemin.

Et puis, nommer son héros Hercule relève de la provocation ni plus, ni moins. C'est donc l'histoire d'Hercule, gentil fermier un peu benêt - créature rousseauiste en diable, qui converse avec les rossignols, se douche dans le courant d'une onde pure, se lève avec le jour, se couche avec la nuit, etc. Hercule est non seulement fort et puissamment musclé, de par son labeur quotidien, mais surtout beau comme un chérubin sous stéroïdes.

Et quand la douce Angélique lui tombe - presque - dessus, à l'occasion d'une douche matinale, elle a le coeur au bord de l'orgasme, les lèvres qui défaillent, les genoux qui hurlent de désir. Bref, elle le veut.
Une fois ces éléments pesés, que dire de plus de ce roman qui, rappelons-le, a clairement été écrit au cours de libations effrénées, sans oublier le chianti ?

Eh bien, c'est compliqué. Parce que tout est dans le style, et que derrière cette historiette mignonne, et si banale, en apparence, se cache une sorte de pure petite folie littéraire, allant droit au but dans tous les sens, et littéralement. La temporalité est joyeusement malmenée ; les personnages aussi. Que penser de l'introduction, sans jeu de mots, de la Californienne Patricia, actrice et réalisatrice de films pornos, qui s'offrirait volontiers un morceau du bel Hercule ?

C'est que l'animal est désirable. Et la Belle de quoi convaincre l'étalon des alpages, qui ne demande par ailleurs pas mieux que de se prêter à l'expérience. Les hommes, même les plus conformes, initialement, à l'idéal de Rousseau, sont des porcs ! La corruption de la société, c'est terrible. Donc, ce roman est une chose animée de bouffées délirantes, qui se drape avec coquetterie d'une innocence toute feinte, pour nous faire avaler des choses dont il faut protéger les enfants, au moins jusqu'à un certain âge.

Et quid de cette histoire de Magnifique, qui nous promet une croisière de rêve, peuplée de soleils exotiques, de pagnes en palme et de cocktails multivitaminés ? Elle aura bien lieu, que le lecteur inquiet se rassérène, avec même Charles Aznavour en invité d'honneur, peut-être pas tout à fait consentant. Mais elle aura cette même note de décalage, entre la parodie de La Croisière s'amuse et l'aventure du Titanic vue par les Premières classes, sans naufrage.

Pour s'arrêter cependant aussi brutalement qu'elle avait commencé. Hercule y deviendra Jean-Claude, et perdra en grâce et en atours, ce qu'il gagnera en confort moderne, au bord d'un puissant navire. "La nature du bâtiment éclate : je suis une ville flottante, qui quitte la ville pour rejoindre d'autres villes par la mer. Pour ceux qui craignaient de s'éloigner trop du bord, c'est très rassurant."

Nul doute que l'auteur alarmé par notre petit article se demandera avec anxiété, ce que finalement on en a pensé de son ouvrage. Que lui aussi se rassure : que du bien. Le lièvre de Mars et le Chapelier fou n'auraient pas désavoué ce livre, s'ils l'avaient écrit à deux mains et quatre pattes. Angélique, Hercule et Patricia, et les autres, rossignols y compris, vous attendent pour un aller sans retour, c'est certain.

Attention toutefois : la consommation d'alcool, cher Patrice, doit se faire avec modération. Ou avec moi. Surtout si vous décidez de retourner en Italie.

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