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Un journaliste minable, un crime sans envergure...

Clément Solym - 06.12.2012

Livre - récit policier - journalisme - enquête


C'est un journaliste sans ambition ni envergure, grosso modo en charge de la rubrique des chiens écrasés à l'Echo du Poitou, qui raconte son histoire. On ne saura ni son nom, ni son prénom, ni le nom du village où il habite dans les environs de Poitiers.

 

Meurtri par la disparition accidentelle de Nathalie, sa compagne, il traîne sa torpeur dans un appartement vide où rôdent des fantômes qui l'empêchent de dormir et qu'il essaie d'oublier en emmenant ses insomnies derrière lui, dans les rues où il erre souvent la nuit.

 

Est-ce pour calmer des remords ou une sorte de culpabilité liée à l'accident qui a coûté le vie à son amie ? A-t-il d'autres motivations plus profondes qu'il rechignerait à nous dévoiler ?

 

Toujours est-il que, alors que le meurtre n'en a jamais été éclairci, le voici qui entame une enquête sur l'assassinat d'une jeune fille, Anaïs, qui a été poignardée près de chez elle et dont l'histoire a fait la une des journaux locaux et même nationaux, des jours durant, une année auparavant.

 

Sans véritable objectif, sans démarche méthodique, il pose des questions et tente de reconstituer un passé qui pourrait être à l'origine de ce crime impuni.

 

C'est dans la cuisine minuscule et triste de l'appartement de la mère d'Anaïs qu'il écoute la douleur d'une femme seule, effondrée comme lui par cette perte irréparable et inexpliquée.

 

Profondément marqué par son propre malheur, les histoires de Nathalie et d'Anaïs se mêlent de même que les réalités de son enquête et les possible qu'il en vient à imaginer.

 

Je suis très partagé face à ce livre.

 

D'abord il y a une histoire particulièrement attachante avec un vrai scénario de départ et des images tellement vraies, réelles, palpables tout au long des pages. Des images de la vie, des gens, de la douleur, de la solitude, de l'accablement. C'est beau et c'est approché avec beaucoup de tact , de sensibilité, de cœur.

 

Ensuite, il y a un fil conducteur, une enquête avec des figures magistrales, des personnages tellement communs mais pourtant uniques qui sont autant d'étapes dans cette tentative de trouver une réponse à tous les pourquoi. Des êtres bien réels et d'autres qui n'existent que par les mots que d'autres racontent d'eux.

 

Malheureusement, il y a un style d'écriture que tout ce qui précède n'a pas réussi à me faire transcender. Il y a trop de saccades. Trop de phrases coupées court, incomplètes. Trop de non dits, d'imprécisions qui conduisent à ne pas savoir si les absences de réponses sont liées à des faiblesses méthodologiques de l'enquêteur ou à l'imagination impuissante du conteur.

 

C'est dommage car les mots sont là, pétris, modelés, ciselés parfois, qui laissent attendre une belle histoire (même si elle est pleine de questions sans réponses) que le style n'accompagne pas, ne valorise pas, n'illumine pas.

 

Pour autant que vous puissiez ne pas être déroutés comme je l'ai été, vous devriez trouver du plaisir à découvrir ces vies, ces destins, ces quartiers et ceux qui s'y débattent.

 

 

P.S. : Il s'agit de l'un des deux ouvrages de l'éditeur « Les Editions du Sonneur » en lice pour le « Prix Lignes d'Horizons ».