Un mensonge presque parfait, Howard Roughan

Clément Solym - 14.03.2008

Livre - mensonge - presque - parfait


Howard Roughan est l’auteur d’Infidèle (paru en 2001 sous le titre de The Up and Comer ) qui avait déjà connu en grand succès outre-Atlantique. Un mensonge presque parfait (paru en 2004 aux États-Unis) est un thriller dans lequel l’auteur américain s’en donne à cœur joie pour susciter un suspense qui vous prend à la gorge jusqu’à ce que vous ayez tourné la dernière page de son roman. Saluons donc sa maîtrise en la matière qui est, il faut le dire, remarquable.

Un thriller capable de faire aimer les thrillers :

Moi qui n’aime pas particulièrement tout ce que l’on range dans la catégorie « Policier », je me suis fait prendre au jeu : je n’ai pas pu lâcher notre narrateur, David Remler, avant qu’il ne finisse de nous conter habilement ses aventures qui, comme dans tout bon roman policier ne cessent de rebondir d’une fausse piste vers une nouvelle que l’on croit toujours être la bonne… Attention…il faut attendre encore. Le feu ne s’éteindra qu’à la dernière page tournée.

Notre héros : un riche et honnête psychanalyste :

Je vais tout de même vous présenter les premiers éléments de ce récit pour vous en donner un petit avant-goût. David Remler est un célèbre psychanalyste new-yorkais. C’est lui qui nous raconte son histoire dans un point de vue interne savamment maîtrisé : il nous laisse mordre à l’hameçon et avancer à petits pas derrière ses mots. Ce psy possède un passé quelque peu traumatisant : sa femme s’est tuée dans un accident de voiture, trois ans auparavant, alors qu’elle était enceinte de quatre mois.

Mais ce qui va tout déclencher, c’est l’arrivée d’une nouvelle patiente dans son cabinet : Samantha Kent. Elle ne va pas laisser indifférent notre psychanalyste qui va tenter de faire son possible pour l’aider, alors que cette dernière va faire de son mieux pour le faire basculer. Celle qui deviendra par la suite sa « Patiente Mystère » révélera ses secrets un à un. Dans un premier temps, celle qui se fait passer pour la victime d’un mari manipulateur, va entraîner David dans un imbroglio dont il ne va pas sortir indemne.

Un beau soir, elle l’appelle pour lui dire qu’elle est passée à l’acte, elle a assassiné son mari. Venu rapidement sur les lieux du crime, David, qui croit venir aider Samantha Kent, va en fait tomber entre les mains de la police pour laquelle il est devenu le coupable idéal. David commence alors à réfléchir et se rend compte qu’il est la victime d’un piège qui va s’avérer, à l’épreuve, terriblement bien tendu.

Un psy face au mensonge et à la justice :

Là, commence véritablement l’histoire et son suspense insoutenable. Heureusement que David connaît un célèbre avocat, Parker Mathis qui lui-même connaît des avocats dignes d’être des super héros : le duo de choc, Victor Glass et Terry Garrett. Voilà peut-être aussi le talon d’Achille de l’auteur. Il en fait trop. Il veut impressionner son lecteur. On est dans un livre « bling-bling » à bien trop d’égard, et c’est dommage. Autrement dit, tous les protagonistes de cette histoire, enfin presque tous, sont riches et célèbres et ils ne manquent pas de le montrer. On se demande même si certaines marques n’ont pas rétribué l’auteur pour être mentionnées, quand on voit Victor Glass consulter son BlackBerry… A noter que Howard Roughan est un ancien directeur de publicité d'une agence de Manhattan…

Des personnages quelque peu "bling-bling" :

Howard Roughan veut en mettre plein la vue, et c’est dommage, car son récit marcherait aussi bien sans cet apparat digne d’un clip de rap. Quand ils sont au restaurant, on a même la mention de la note, voire des plats pour mieux comprendre qu’ils sont dans un lieu privilégié. Là où cela devient presque comique, alors que l’auteur veut précisément arriver au sentiment contraire chez son lecteur, c’est lors de la narration de l’accident fatal qui a coûté la vie à la femme de David, Rebecca : « Avec son Audi A4 Quattro, elle avait sans doute pensé qu’elle s’en tirerait sans problèmes sur les routes glissantes. Ce fut une collision frontale. Un gamin de dix-huit ans au volant de la Lexus de ses parents. »

Enfin, je ne me suis pas arrêté à ce genre de détail et n’ai pas laissé tomber l’ouvrage dans un accès d’agacement, car je pense qu’il y a tout de même plus qu’un simple étalage. L’auteur maîtrise l’art de l’intrigue. Le langage est différent d’un personnage à l’autre, et chaque rôle est très bien campé. En fait, quand on lit certains passages, comme celui que je vous citais, on verrait très bien ce film au cinéma. Le livre est écrit comme un scénario de thriller américain. Tout y est. Les belles filles, l’argent, des êtres hors-norme et une affaire qui ne l’est pas moins. Un peu d’amour aussi…mais ça, c’est à vous d’aller tourner les pages pour le découvrir…

Un thriller qui allie profondeur et légèreté :

L’œuvre vaut même le coup, comme pour un bon film, d’être relue pour mieux comprendre tout le mécanisme dans lequel le lecteur se retrouve petit à petit piégé. Tout est preuve, tout prendra sa valeur en temps voulu. Tel cet instant, au début du livre, où notre analyste, lors d’une réception mondaine, se voit demander avec insistance par un trouble-fête s’il n’a jamais été la victime d’une manipulation féminine. Non, à ce moment, il peut encore dire non… Mais pas pour longtemps.

L’expérience vécue devient pour l’analyste une série de leçons de psychologie humaine. La première de toutes, à ne jamais oublier, c’est qu’il faut toujours supposer à l’autre, autrui, un peu plus d’esprit qu’il n’en laisse présager… Cela permet de s’éviter quelques fâcheuses surprises. Autrement dit, ne jamais croire que l’on maîtrise les choses comme les individus. Par essence, l’individu est imprévisible. C’est d’ailleurs la thématique principale du best-seller de notre psychanalyste, auteur d’un livre prénommé Le Pendule humain, qui met en exergue cette problématique.

Tout cela est joliment orchestré : on a comme une mise en abyme du héros et de son destin. David est le jouet d’une intrigue et de paradoxes dont lui-même, dans son livre, a démontré l’existence. On peut même filer l’image et lorsqu’à la fin du livre, David reprend contact avec son éditeur, il privilégie la proposition faite par un de ses anciens patients d’écrire un scénario pour tourner un film sur son histoire : l’auteur ne mettrait-il pas là quelques-uns de ses désirs…