Un petit boulot : le crime, remède à la crise ?

Xavier S. Thomann - 06.11.2013

Livre - Iain Levison - Wisconsin - Tueur à gages


C'est un livre écrit il y a maintenant dix ans, mais qui a conservé toute sa pertinence. Un petit boulot d'Iain Levison, c'est l'histoire de Jake, un ouvrier américain au chômage, qui devient tueur à gages pour remédier à ses problèmes d'argent. Un livre écrit il y a une dizaine d'années donc et qui malheureusement reflète assez bien la situation économique et sociale actuelle. 

 

Nous sommes dans une ville anonyme du Wisconsin, pas très loin des Grands Lacs. Cela fait de nombreux mois que Jake Skowran est au chômage : l'usine du coin a fermé, pour cause de délocalisation, et les emplois sont partis avec. Sa copine Kelly a également décidé de déguerpir. Jake est seul, dans une ville en plein déclin. Le crime guette : « Dans une ville où les trois quarts des hommes ont été licenciés au cours des neuf derniers mois, les affaires qui profitent du désespoir sont florissantes ». 

 

Tout prend une autre tournure quand Ken Gardocki, bookmaker tenant lieu de parrain local, lui propose d'assassiner sa femme. En échange de quoi ses dettes de jeu seront effacées. Et voilà que Jake, cet homme jadis au-dessus de tout soupçon, devient tueur à gages. Il s'en accommode fort bien et va demander d'autres contrats, quand il ne choisit pas lui-même sa cible. 

 

Des remords ? Pas vraiment. Le meurtre se révèle une bonne solution pour évacuer la colère. Au moment d'accomplir son premier méfait, Jake se dit à lui-même : « En fait, ça m'est égal. Elle va mourir parce que ma copine m'a quitté, parce que je ne supporte pas la vie de chômeur. Corinne Gardocki est une femme morte parce qu'un petit malin de Wall Street a décidé que notre usine ferait de plus gros bénéfices si elle se trouvait au Mexique ». Autrement dit, notre homme a une façon bien particulière de concevoir la vengeance sociale. 

 

Du coup, en fait de polar, c'est plutôt à un roman social que nous avons affaire. Au lieu de mener une hypothétique révolution, Jake se soulage en exécutant les basses besognes de son nouveau patron. En plus, le métier paye bien. Il a même sa petite théorie sur le sujet : « L'économie c'est la souffrance, les mensonges, la peur et la bêtise, et je suis en train de me faire une niche. Je ne suis pas plus fêlé que le voisin, simplement plus décidé ». Le romancier n'a pas beaucoup de mots tendres pour l'Amérique et son système ultracapitaliste. 

 

Cela dit, cette déconstruction du rêve américain se fait avec un certain humour. L'intrigue rocambolesque et invraisemblable détend l'atmosphère : Un petit boulot ne tombe pas dans le réalisme social pesant et étouffant. Le personnage principal y contribue grandement : Jake est tout sauf un tueur né. On se demande bien comment il fait pour ne pas être arrêté par la police : pas toujours très adroit, il a, en outre, un certain goût pour la provocation. Mais, pour la première fois de son existence, la chance est en sa faveur.