Un quatuor de braqueurs débiles convole vers un gros pactole

Nicolas Gary - 10.09.2019

Livre - Braquo Sauce Samourai - Mec Underground - rentree litteraire 2019


ROMAN UNDERGROUND – Dans la masse des romans qui envahissent les librairies, se distinguer avec une couverture exhibant une bouteille plastique souple de sauce (samouraï ?), flanquée d’un burger gras, de sa portion de frites et d’un type cagoulé est une option. Y ajouter quatre faciès effrayés dont celui d'une nana aux cheveux jaunes et rose maquillée comme une voiture volée peut aider. Mais le summum, ce sont les deux palmiers. Mauves.
 
 
 
 
Johann Zarca avait obtenu sans embrouilles majeures le prix de Flore 2017 avec Paname Underground (ex-aequo avec Pierre Ducrozet, NB). Cette contribution méritoire à la littérature française ne suffisait pas : après le galop d’essai, la transformation dudit essai passait nécessairement par un coup d’éclat. Pour ce faire, rien ne vaut un braquage foireux, monté par une équipe de branquignols demeurés et/ou défoncés, avec pour leader charismatique un certain “Mec”.
 
Ses acolytes, comme le chantait Brassens, « c’était la fine fleur, c’était l’élite ». Mayo Kid, surnommé ainsi en raison de l’affection sans commune mesure pour la sauce du même nom. Lakhdar, que ses parents ont dû, selon l’expression consacrée, finir avec la sauce tant appréciée de Mayo Kid. Et puis, la frelonne, une sœur que l’on ne souhaiterait pas comme bru à l’homme qui aurait dépucelé sa fille.
 
À ce niveau, le lecteur effaré se demande si le chroniqueur achevé par des centaines de romans passés en revue durant un été pas du tout réparateur n’a pas, finalement opté pour une dose massive de stupéfiant frelaté. Non point, mon semblable mon frère, je te mets juste dans l’ambiance, à l’aise.
 
Cette équipe de haute voltige a pour cerveau – après triple trépanation – Mec, qui aspire à une vie de rêve à Miami, entouré de coke, de prostituées et de silicone – ce dernier n’allant de paire, pardon, qu’avec les protubérances mammaires du deuxième. Violent, agressif, nuisible et stupide au besoin, il a tout de même conscience qu’atteindre l’objectif requiert des fonds. Et si sa connerie n’en connaît pas, ses poches elles, en sont dépourvues.
 
« Les cons, ça ose tout », chantait Audiard, il ne sera pas bien compliqué de reconnaître ceux du récit. Sur une brillante initiative de Mayo Kid, dont la vivacité d’esprit excède tout de même celle d’une authentique mayonnaise périmée, le gang se décide à monter un braquage, avec pour cible les frères Pérez – des juifs, qui, comme chacun le sait, parce qu’une vidéo sur internet l’explique très bien, sont en réalité des reptiles dissimulés sous une enveloppe humaine avec pour projet de conquérir le monde.
 
La mission est simple : entrer, les fracasser, prendre l’argent, repartir et se tirer à Miami. Avec un plan d’une si délirante subtilité, comment les choses pourraient mal tourner ?
 
Toutes les qualités du roman ayant été soigneusement énumérées, ajoutons que tout cela est tellement gros qu’en une heure et demie, l’affaire est pliée.

...
 
Et qu’on a passé un moment hilare de bêtise humaine, avec cette troupe de bras deux fois cassés, où chacun rivalise d’ingéniosité pour démontrer ce qu’Einstein avait déjà assuré : si pour l’univers, aucune certitude absolue n’existe quant à sa dimension infinie, pour la bêtise humaine, le doute n’est pas permis.
 
    
 
 
Parce que nos braqueurs amateurs vont de Charybde en Scylla, avec un vocabulaire d’argot, de verlan et de langage supposé de cité, impossible de lâcher le livre — sauf à faire une overdose de cette langue improbable, marque de fabrique du mec de l’Underground. Ou de ne pas supporter la mayonnaise. C’est idiot jusqu’au fou rire, cousu de fil blanc à s’en tisser des tentures : inutile, donc indispensable.
 
Et parce qu’au milieu de tous ces romans sérieux — évoquant la déréliction de l’Homme sans Dieu et la vanité d’une existence sans appartement à Saint-Germain-des-Prés — en voici un qui, et c’est à ça qu’on le reconnaît, ose tout, ce serait con de passer à côté. Vraiment.
 
 
Le Mec de l’Underground / Johann Zarca – Braquo sauce samourai – Fleuve noir – 9782265143890 – 15,90 €
 

 
Dossier - Toutes les chroniques de la rentrée littéraire 2019


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Pour approfondir

Editeur : Fleuve Noir
Genre : polars & thrillers
Total pages : 166
Traducteur :
ISBN : 9782265143890

Braquo sauce samouraï

de Zarca, Johann

" Braquer les frères Perez ! Il faut vraiment avoir de la chorba dans le cerveau pour imaginer ce plan. C'est une pure idée ! A la clef, des milliers de dolls à palper. Un braquo torché en cinq minutes pour une life sous le soleil de Miami, entouré de bombasses siliconées, un accès illimité sur la poudre et de quoi se payer des grecs sauce samouraï à tous les repas, jusqu'à la fin de sa vie. Putain, je suis trop chaud ! " Pour Le Mec de l'Underground et ses pieds nickelés, Mayo Kid et Lakhdar, capables de manger la viande du kebab avec la broche, c'est enfin le plan rêvé pour une nouvelle vie. Mais un braquage demande du sang-froid et un minimum de jugeote...Un roman truculent et jouissif.

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