Un requin sous la Lune, Matt Ruff

Clément Solym - 06.01.2009

Livre - requin - Lune - Matt


On trouve des requins dans tous les océans du globe et sur 35 familles déclinées en 460 (et quelques) espèces, personne ne s'étonnera que certaines, tout particulièrement en 2023 aient opté pour les égouts de New York. Et il faut reconnaître à ce poisson une sacrée ténacité et une adaptation au monde moderne, plutôt sidérante. Cela ne doit pas être sans relation avec des les expériences génétiques pratiquées sur certaines espèces.

En parlant d'espèces, voilà un fait étrange : il semble que les noirs aient disparu de la surface du globe. Sauf ceux qui ont des yeux verts. Étrange, car depuis, on les a remplacés par des robots perfectionnés, véritables Oncles Tom modernes et serviles, dont la population est ravie. Sauf que ces derniers pourraient poser problème : l'un d'entre eux semble lié à un meurtre de notable et cela pourrait nuire à la société qui les fabrique, et son directeur, Harry Grant.

Un homme qui a littéralement la folie des grandeurs, puisqu'il tente de construire les immeubles les plus hauts jamais envisagés par l'homme. Engloutissant des millions et plus encore dans ses projets insensés, il monte, grimpe et surplombe la ville, implacable et maître. Heureusement que pour contrebalancer un tel type, il existe des activistes écolos, à la limite du terrorisme comique, qui n'hésitent pas à ridiculiser les navires venus extraire illégalement du pétrole en les bombardant... de crème fouettée.

Car il ne manque pas d'humour, le capitaine de ce sous-marin, le Yabba-Dabba-Doo, le fameux Philo Dufresne, héritier du sacré concept de piraterie pacifique. C'est son point commun avec Grant : pas de violence, mais des mises en scène hilarantes, qui tournent en dérision ses ennemis, lesquels lui en gardent souvent une rancune tenace. Et Jane dans tout cela ? L'ex-femme de Grant ? Elle va se faire virer pour n'avoir pas su se débarrasser du requin titanesque dont nous parlions, et finir par enquêter sur les nègres électriques tueurs... C'est presque le poisson qui se mordrait les jambes.

Oui, parce que le requin Meisterbrau n'a pas fini de vous étonner...


C'est un résumé un poil long, il faut en convenir, mais le livre de Matt est sidérant, et l'on sait qu'on oubliera quelque chose de primordial, ou un détail passionnant en élaborant sa synthèse.
Tiens, juste pour exemple, la Cocinelle – la voiture – qui parle... Depuis le scénario passablement excentrique, jusqu'aux divers personnages, carrément hors-normes, on plonge ici dans un roman de SF/anticipation qui certes date un peu, mais n'a rien perdu de sa pertinence ni même de sa qualité.

Tout va s'entrecroiser et s'emmêler, avec pour quasi fil directeur, le requin mutant géant, genre mégalodon moderne. Sans que rien ne s'embrouille ni ne vienne gâcher la petite fête que peut être ce livre. Car, à quelques micros éléments près, l'anticipation s'est estompée, pour laisser place aux thématiques troublantes d'actualité que sont l'écologie, la cybernétique, etc. Quant aux inquiétudes que l'on pourrait avoir de lire un roman qui pose comme base la disparition des personnes noires, balayez-les d'un revers de manche.

Il n'existe pas plus de racisme dans cette hypothèse que de misogynie dans le livre La mort blanche où Frank Herbert tue la population féminine mondiale. En revanche, les motivations de son personnage sont franchement stupides. Ou du moins à la hauteur du personnage.

Mais après tout qu'importe, si vous aviez l'intention de trouver un bon livre de SF pour finir l'année, attention, celui-ci est tout de même costaud, avec ses 700 pages, mais se dévore aussi facilement qu'un mégalodon de 14 mètres engloutirait un kayak ou deux...



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