Un simple viol : le pire est de ne pas mourir

Cécile Pellerin - 10.11.2017

Livre - Littérature française - viol - enfance


La force de ce livre est dans sa concision. Une écriture de rage, âpre et sèche, au plus près de l’événement, du fait destructeur. Des phrases courtes, cinglantes martèlent le lecteur avec violence comme elles frappent la narratrice, dépossédée d’estime de soi, comme déjà morte, alors qu’adolescente encore.
 

La colère, l’agressivité, l’incommensurable douleur, le déni de féminité, la honte, la culpabilité, le désir de vengeance, le désenchantement emprisonnent Maud depuis l’enfance, depuis l’âge de douze ans, où un soir sombre d’hiver, elle a été violée. Sa vie a cessé de battre en son cœur, en son âme, en son corps tout entier. Elle n’est plus qu’une ombre, mutilée, détestée, dévastée. « Vivre la tue ».
 

Si quand bien même des personnages vont et viennent autour d’elle, comme Mme Leblanc, la vieille voisine de l’immeuble, autrefois employée à la Poste, à présent voyante, chez qui elle fait le ménage le dimanche ou Lydia, sa presque copine, sympa mais « conne avec les hommes »,  ou encore Denis, le serveur du bar de l’Univers, ou même l’ombre de sa mère à qui elle n’a jamais pu se confier, Maud est seule, enfermée dans son désir de mort et d’indifférence absolue. « Vivre est un long péril sans accalmie ». Une impossible consolation.
 


 

Plus rien ne l’attendrit. Plus rien ne la console, sauf peut-être les souvenirs d’avant le viol, ceux de l’enfance perdue même si,  là encore, elle ne sait plus vraiment si ce bonheur-là, elle l’a vraiment  vécu. Annihilée, réduite à néant, elle ne s’aime pas et le prouve chaque jour qui passe. « Elle se déchire en deux le cœur, la tête, à coup d’alcool, de cachets. De tout ce qu’elle peut récolter. Jusqu’à tomber par terre et que le plafond tourne, et que le lit naufrage et coule. » Ce qui l’anime, la maintient encore debout, c’est le désir de vengeance, l’envie de tuer pour que cesse l’enfer quotidien et s’efface la souillure.
 

Le bonheur lui est interdit désormais. Elle le fuit. Comme une faiblesse insupportable. « Son existence est un mélange gris de haine et de protestations ». Sans issue.
 

Marie-Sabine Roger, dans ce court roman, capte avec brio et de l’intérieur le désespoir d’une jeune fille déjà morte, saisit finement et simplement la colère et le désarroi, le désespoir profond, la fragilité et l’impossible guérison suite à un viol. Avec justesse, elle met en évidence l’incommunicabilité, la honte et le dégoût de soi qui assaillent et déstructurent peu à peu jusqu’aux portes de la folie et du désespoir.
 

Harcèlement sexuel dans l'édition : “Ouvrir les yeux sur cette violence”


Comme à son habitude aussi,  elle intègre dans son récit des personnages bienveillants et empreints de tendresse et de délicatesse qu’elle oppose à la noirceur de son héroïne sans pour autant, leur donner le plein pouvoir de réparer toutes les blessures.
 

La fin est inattendue. Violente mais libératrice.  Le rythme tendu offre une lecture d’un seul souffle. Happe sans résistance et laisse abasourdi et fortement atteint.


Marie-Sabine Roger – Un simple viol – Babel, Actes Sud – 9782330065541 – 6,80 euros.


Pour approfondir

Editeur : Actes Sud
Genre :
Total pages : 128
Traducteur :
ISBN : 9782330086541

Un simple viol

de Marie-Sabine Roger

Maud, dix-sept ans, peut-elle vivre une vie normale d’adolescente, alors qu’elle a été violée à douze ans et n’en a jamais parlé à personne ? De proie, elle a décidé de devenir sentinelle : le cutter dans la poche, elle n’est plus que méfiance et froideur. Un roman sombre dans lequel la tendresse que l’auteur sait si bien distiller pour ses personnages (dans La Tête en friche ou Bon rétablissement) semble frappée d'impuissance à consoler.

J'achète ce livre grand format à 6.80 €

J'achète ce livre numérique à 6.49 €