Un singulier garçon : le mystère d'un enfant matricide

Cécile Pellerin - 28.11.2016

Livre - Littérature anglaise - matricide - fait-divers


Si ce récit ressemble à une reconstitution d’un horrible fait-divers anglais du XIXe siècle, Kate Summerscale n’est ni historienne, ni journaliste d’investigation. Bien qu’il prenne parfois la forme d’un compte-rendu rigoureux et précis, ce livre n’en possède ni l’ennui ni la complexité ou l’austérité.

 

Derrière une apparente neutralité, se dessinent un texte littéraire, une finesse d’analyse, un attachement sincère aux personnages et une détermination à explorer en profondeur tous les mécanismes sociaux inhérents au drame.

 

Très abouti et dense,  cet ouvrage va beaucoup plus loin que la simple histoire de Robert Coombes, jeune garçon matricide. Il plonge le lecteur au cœur de la société britannique de la fin du XIXème et du début du XXème siècles, explore le système éducatif et culturel, étudie la classe laborieuse en détails, éclaire sur la justice, sur la prise en charge psychiatrique de certains meurtriers et offre même une immersion dans un bataillon d’infanterie de l’AIF (Australian Imperial Force) lors de la 1ère Guerre mondiale.

 

D’un intérêt socio-historique incontestable, le récit, dépourvu d’émotions, emprunte un style laconique, s’attache à rendre compte avec objectivité et omniscience de tous les faits.  Et grâce à cette tonalité réservée, il offre au lecteur un éclairage scientifique très ouvert sur le drame, révèle même de nouveaux indices passionnants ; en tout cas ne le distrait jamais de cette quête obstinée de l’auteure, qui à travers le geste criminel d’un enfant, redessine aussi une société anglaise tout entière à l’époque victorienne.

 

 

 

Dans un quartier populaire de Londres, Robert Coombes, treize ans, profitant de l’absence de son père parti en mer jusqu’à New-York, assassine sa mère violemment à coups de couteau. Avec la complicité de son jeune frère Nathaniel, ils ne disent rien à personne et continuent à vivre normalement. Jusqu’à ce que l’odeur de mort, insoutenable, ne les trahisse, dix jours plus tard.

 

Le récit du geste (assumé), le procès, puis la peine exécutée dans un hôpital psychiatrique et enfin la libération en 1912 (il a alors trente ans), puis une nouvelle vie en Australie et dans l’armée jusqu’à sa mort en 1949 ; tout cela est relaté, étudié avec minutie, exhaustivité et hormis peut-être lors de quelques rares passages un peu fastidieux (au sein de l’armée notamment), le lecteur reste intrigué, en mouvement, saisi par la narration vive et stimulante, immergé dans l’atmosphère, les odeurs urbaines et industrielles londoniennes de cette époque (descriptions éblouissantes de l’activité portuaire notamment).

 

De l'attirance de Robert pour le crime, de son extrême sensibilité et intelligence (“son excès de matière cérébrale”), de la manière dont la presse couvre l’événement, des théories de l’époque sur le déclin de la race humaine,  de la folie chez les pauvres, de la mauvaise influence d’une certaine littérature (les penny bloods) dans les classes inférieures, de l’instabilité psychique d’une mère, des conditions de vie assez inattendues à l’asile de Broadmoor (“une prison et un sanctuaire, une forteresse et un château enchanté”), de l’enrôlement dans l’Armée du Salut, etc. le lecteur est absolument curieux de tout.

 

Complété par des photographies et illustrations, de nombreuses citations de presse, par un épilogue absolument captivant, de notes et d’une vaste bibliographie répertoriées en fin de volume, ce livre revêt l’apparence d’un essai  historique et scientifique mais conserve (et c’est heureux) une fluidité et un rythme romanesques assez remarquables pour fasciner le lecteur non initié. Et le retenir pendant plus de 400 pages.

 

traduction par Éric Chédaille


Pour approfondir

Editeur : Christian Bourgois
Genre : littÉrature...
Total pages : 468
Traducteur : eric chédaille
ISBN : 9782267032284

Un singulier garçon

de Kate Summerscale

Juillet 1895. Nathaniel et Robert Coombes, deux frères âgés de douze et treize ans, se retrouvent seuls pendant dix jours. Leur père, marin, vient d’appareiller pour New York. Quant à leur mère, ils assurent à tout le monde qu’elle est partie à Liverpool. Rapidement, la famille, les voisins, s’inquiètent de ne pas la voir revenir. La police arrive sur les lieux alors qu’une odeur pestilentielle envahit la rue. À l’étage, ils découvrent le corps de la mère en état de décomposition avancé. Interpellé, Robert admet avoir tué sa mère à coups de couteau. Libéré pour bonne conduite après la mort de la reine Victoria, Robert fait partie des contingents d’anciens prisonniers allant peupler les terres nouvelles d’Australie. Sa vie change alors radicalement. Sans que jamais rien ne filtre de son passé. « Absolument captivant. » Sarah Waters, The Guardian

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