medias

Un tigre dans la soute, Philippe Doumenc

Clément Solym - 16.07.2008

Livre - tigre - soute - Philippe


Dans la soute de l’avion en provenance de Douala, un tigre a réussi à sortir de sa cage, énervé semble-t-il par les effluves provenant du cercueil à côté duquel il a effectué le voyage : branle-bas autour du chef d’escale !

Parmi la ribambelle de chats qui vivent en communauté dans la zone de fret, l’un d’entre eux aurait pu être titré dans un concours de beauté à Los Angeles : comment a-t-il bien pu manquer sa correspondance à Paris, à l’issue de son vol en provenance de Johannesburg ?

Dans le compartiment des « Premières » du Banghi-Paris, un Anglais se demande bien pourquoi il a finalement choisi cette compagnie française pour voyager : ne pas pouvoir obtenir le « Times » ou se voir proposer un bourbon au lieu d’un scotch whisky ne seront certainement pas les évènements les plus étonnants de son voyage !

Chargé de l’inspection de l’escale libyenne de sa compagnie aérienne, ce tout jeune employé vit sa première mission d’importance : mais juger de la pertinence des « faux frais, bakchich et divers » au milieu de tout le cinéma déployé autour de lui par le responsable local pour l’embobiner peut s’avérer difficile…


Les aéroports, les compagnies aériennes, les personnels au sol, les pilotes sont, en fait, le trait d’union entre ces différentes nouvelles que nous propose Philippe DOUMENC (toutes plus ou moins directement issues d’une expérience personnelle, selon ce que nous en disent les éditeurs).

Mais il y a loin du tigre dans sa soute à ce soldat de 14-18 qui rentre à Paris à la fin de la guerre pour constater que sa fiancée d’antan n’a finalement pas eu la patience d’attendre son retour.

De même qu’il y a très loin du chat candidat au concours de beauté à la rencontre du narrateur avec une « chose » en fauteuil roulant qui le fixe avec des yeux remplis de haine dans une salle d’embarquement.

Les situations, les périodes, les acteurs sont tous bien différents dans cette dizaine de récits dont le caractère aérien – qu’il soit d’agrément, professionnel, guerrier ou, plus simplement, l’occasion de disserter sur le grignotage de l’espace rural par l’expansion de l’urbain et la substitution d’une faune naturelle par une autre bien étonnante – n’est finalement qu’une excuse à la mise bout à bout de tranches de vie ou d’histoires de morts.

Les récits sont brefs, incisifs et cessent parfois sur des questions étranges.

Mais, au fond, je confirme ne pas être un grand amateur de ce mode d’écriture qu’est la nouvelle. Il me donne un peu l’impression que l’auteur n’a pas eu le courage d’aller jusqu’au bout de son idée ou de la développer totalement pour en extraire tout le suc. Il me laisse trop souvent sur ma faim face à toutes les possibles évasions qu’une idée originale autorisait à imaginer. Il me paraît être l’assurance d’un plaisir trop vite achevé, dans un récit trop bref.

C’est pour cela que je reste toujours extrêmement mitigé entre le sentiment de découvrir quelques idées lumineuses et celui de les voir trop vite dévoilées, presque un peu gâchées, me privant d’une jouissance progressive de la découverte des chemins sur lesquels un auteur joue à perdre et à retrouver ses lecteurs.

Et c’est dommage, car, dans sa « Contre enquête sur la mort d’Emma Bovary », Philippe DOUMENC avait largement démontré que sa plume est tout à fait capable de m’enchanter totalement.



Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.