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Un voyage, de Hans Günther Adler

Clément Solym - 05.04.2011

Livre - voyage - camps - concentration


Adler compte parmi ces romanciers qui ont expérimenté les nazis, et plus particulièrement le trajet généralement sans retour, vers les camps de concentration. Pour l'écrivain, né à Prague en 1920, la libération n'interviendra qu'en 1945, par les forces alliées.

Entre temps, sa femme et sa mère auront péri à Auschwitz. Ce n'est qu'entre 1950 et 51 que le survivant, alors résidant à Londres, écrira, ou tentera, selon ses propos, de raconter l'horreur vécue. Tout en cherchant une langue qui vise au plus proche de la banalité, sans fioriture. Raconter au plus simple, au plus cru.


Raconter, certes, témoigner, comme de nombreux autres survivants ont eu l'occasion de le faire, HG Adler y parviendra, mais des années durant, le livre ne trouvera aucun éditeur. Trop complexe, finalement, ou trop réussi. Fort heureusement, d'autres artistes, comme Elias Canetti ont su découvrir la force de ce qui exclut définitivement toute tentative de récit qui ne soit pas fictionnel.

L'époque veut des livres qui soient de purs témoignages, et en fin de compte, Adler livre une fiction. Pas vraiment dans l'air du temps. Le livre ne paraîtra d'ailleurs en Allemagne qu'en 1962.

Entre le monde réel et Un voyage, Adler marque une évidente distance, comme si le cynisme seul parvenait à dépeindre l'angoissante et mortelle aventure d'un trajet à sens unique. On y rencontre les Interdits, les juifs, transcrits dans une déportation et une déshumanisation progressive. Entre les victimes des nazis et l'existence elle-même, se dresse un mur, progressivement monté, infranchissable à terme. Tout le travail du romancer consiste alors à comprendre ce qu'il a pu devenir, lui si étranger à la vie désormais.

Il faut saisir cette « écrasante réalité », se remémorer les corps, les souffrances. Et face aux Interdits, se dressent les Émissaires, ceux qui avertissaient avant les rafles, prenant le risque d'être découverts, tout en jouant la carte d'une solidarité dangereuse. L'autobiographie protégée par le récit, dans un monde autre, connecté, relié, mais difficile à retrouver...

Livre difficile, et pourtant indispensable. Clairement pour un public que le sujet intéresse. Publié en début d'année, Un voyage, ou Eine Reise, en version originale, est traduit de l'allemand par Olivier Mannoni.

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