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Une éducation libertine, Jean-Baptiste Del Amo

Clément Solym - 15.10.2008

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Décidément, le libertinage aura connu un engouement démesuré cette année. Si l'on veut bien se souvenir deL'Aérostat d'Élise Fontenaille, qui ne manquait ni d'humour ni de rebondissements, le livre de Jean-Baptiste prend cependant un tout autre chemin. C'est la voie du « À nous deux, Paris », de Rastignac, qui aurait mérité, par politesse, de figurer en exergue. Car en matière de roman d'initiation, y'a du Balzac là-dedans. Dommage qu'il n'y ait pas eu du Diderot, on aurait pu rigoler un peu mieux.

Gaspard a quitté Quimper et tel un étranger dans la Capitale, il entre en ville avec l'humilité des pauvres qui doivent se défendre des rats chaque nuit pour dormir entre deux rues sentant l'urine et la misère. En rencontrant Lucas, jeune garçon qui lui proposera un toit et un travail dans la Seine s'amorce pour Gaspard une série de rencontres qui seront pour cette chenille, autant de phases de chrysalides. Pour ne pas créer d'anachronisme, on parlera d'escalier social, et non d'ascenceur, dont chaque palier franchi par Gaspard mènera vers une situation plus confortable.

S'en suivront Justin Bullod, perruquier de son état, qui le prendra comme apprenti à son service. Puis le Comte Étienne de V. qui lui fera découvrir la tendresse d'une sexualité pédérastique. Notons également Emma, la prostituée, que Louis le malfrat quittera, abandonnant derrière lui une robe qui servira de pécule au jeune Gaspard. Fort de cet argent, il achètera des vêtements qui lui ouvriront le monde. Comme quoi, rien n'a changé, l'habit fait le moine. Le reste est connu, l'ascension sociale se fera par le biais d'autres rencontres et d'autres rapports homosexuels. Changé en giton, Gaspard se forgera une place dans la société...

Ah, non. Il aura un rapport hétéro, avec Emma. Et gratuitement. Sympa.

Si par libertin, le siècle entendait libre penseur, philosophe, ici, on se demande bien à quoi il peut être fait allusion. Et si le personnage du Comte ressemblera fort à un Mephistophéles, offrant à Faust un pacte de réussite et d'arrivisme, motivé par les pires et plus basses actions, au moins, avec Mephisto, on signe de son sang. Pour Gaspard, la signature sera bien sanguine, mais surtout mortelle. Quant à son âme...

Le style de Jean-Baptiste est assez ample, jouit d'une certaine souplesse, et sans nier une virtuosité du phrasé, il s'appesantit régulièrement en accumulant détails et fioritures ; des phrases vides s'agglutinent, s'amoncellent, tout aussi vaines que ce Gaspard pour lequel on ressent bien vite une antipathie farouche.

Sa quête de considération sociale passant par son propre corps qu'il offre en pâture à des bourgeois pédérastes n'a d'ailleurs pas grand intérêt. Si c'est pour montrer les ravages d'aspirations qui finissent par vous tuer : nous l'avons dit, Balzac s'en était déjà chargé. Et l'histoire de Gaspard, hormis cette dimension petitement faustienne, n'ajoute pas grand-chose. On découvre avec lui un siècle des Lumières bien sinistre, qui n'a ni l'humour de Sade, ni la grandeur d'âme d'un Rousseau. Finalement, qu'il ne soit que le jouet d'un Comte marionnetiste et machiavélique... bof !

Et cette indolence passive qui parcourt la première moitié du récit, jusqu'à ce fameux achat de vêtements, lui confère un côté Éducation sentimentale raté. Quand Frédéric Moreaux passait son temps à rêver sa vie plutôt que de la vivre, il avait au moins le charme de nous faire partager ses rêveries. Ici, on ne partage que la médiocrité d'un être insipide, qui par quelque charme magique va devenir un redoutable Rastignac, s'automutilant pour se souvenir qu'il est vivant, et tenter d'arracher de lui-même cette autre misère dans laquelle il s'est plongé.

Alors quid de Une éducation libertine. Oh, le titre ne ment pas, même si c'est aux dépens de Gaspard et bien malgré lui que se fait cette formation. Mais l'on a l'impression de parcourir une réécriture sommaire, et un peu courte, de ses classiques, retrouvant à chaque coin de pages des artifices qui ne fonctionnent pas vraiment, des facilités un brin surfaites, et des revirements largement prévisibles.

Autant se replonger dans un Balzac ou un Flaubert, ou tout autre classique, qui sont justement, autant de motifs d'éducation littéraire, certes moins libertins – encore que ce libertinage ait des relents de XXIe siècle un peu glauques – mais bien plus consistants pour l'esprit. Une éducation libertine est notamment nommé pour le Goncourt de cette année.


Retrouvez Une éducation libertine, sur Place des libraires

Ce livre faisait partie de l'offre proposée à la rentrée par ePagine et Bookeen, qui donnait aux libraires accès à un Cybook contenant quelque 40 romans de la rentrée littéraire.




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