Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

medias

Une fille au bois dormant : la voix intérieure d’Anne-Sophie Monglon

Cécile Pellerin - 11.09.2017

Livre - Littérature française - souffrance au travail - femme


Le premier roman d’Anne-Sophie Monglon, assez actuel par son sujet (la souffrance au travail), et très révélateur d’un milieu professionnel (celui de la communication), saisit avec acuité et de l’intérieur, la mise à l’écart progressive d’une jeune femme dans son entreprise, à l’issue de son congé maternité.
 

« Il y a deux sortes de personnes dans une entreprise, les visibles et les invisibles, celles qui prennent de la lumière et celles qui sont périphérisées. Dont tu risques de bientôt faire partie. »
 

Mais, et c’est là son originalité, plutôt que de s’attarder sur les événements qui perturbent le fonctionnement ordinaire de la salariée, plutôt que de décrire tous les symptômes de la souffrance psychique qu’elle commence à éprouver, le récit chemine davantage autour de l’analyse très personnelle qu’elle entreprend sur son comportement et les moyens qu’elle va doucement mettre en place pour réagir, se mettre en mouvement, sortir de l’endormissement dans lequel elle est plongée depuis l’enfance.
 

« On dirait toujours que tu t’excuses d’exister ».
 

Calée sur les progrès de son fils qu’elle consigne dans un carnet d’éveil, attentive à la vie qu’elle mène, comme épouse, mère et femme, Bérénice, s’examine chaque jour davantage, note sa transparence, son immobilisme. Eprouve avec douleur le sentiment d’être illégitime dans la vie qu’elle mène. Encombrante pour l’entreprise. « Le sentiment d’être une figure ringarde égarée dans le monde contemporain. »
 


 

A la suite d’un stage de développement personnel, centrée sur la voix, elle rencontre Guillaume, formateur musicien et chanteur. Au fil des séances, elle se lie d’amitié avec cet homme, et à ses côtés, en le regardant créer et vivre, elle commence à se libérer de ce tête à tête avec elle-même, ressent sa propre voix (voie), émerge d’un long sommeil. Comprend enfin ce qu’elle doit faire : oser vivre.
 

Raconté à la deuxième personne, le récit interpelle et immisce le lecteur sans difficulté dans les pensées de la narratrice. Il est pleinement et aisément intégré dans l’ambiance de l’histoire, au cœur de l’entreprise No Logo dont il perçoit toute la perversité et l’inhumanité. Familier également des collègues de travail de Bérénice, tous plus réels les uns que les autres. Plus éloigné, par contre, et moins convaincu par l’évocation des souvenirs d’enfance et la relation avec le formateur de chant, trop effleurée, alors qu’elle constitue l’élément essentiel à l’évolution de Bérénice.
 

[Extraits] Une fille, au bois dormant d'Anne-Sophie Monglon
 

Un regard acéré, vif et subtil, transcrit par une écriture parfois cinglante et sèche, adaptée. La narratrice se questionne sans ménagement, lucide et sincère, exigeante. Ni héroïque, ni pathétique, elle séduit par sa normalité et sa fragilité.
 

Un portrait de femme ordinaire, perçu de l’intérieur, qui par moments, dans ses hésitations, son manque d’action peut déplaire ou agacer. Mais exactement réel, en fait. Et sensible.
 

N’en déplaise aux amateurs de contes merveilleux, la Belle au bois dormant d’aujourd’hui fait peut-être moins rêver, doute en permanence mais inspire davantage !  Eclairante et libérée.


Anne-Sophie Monglon – Une fille au bois dormant – Editions du Mercure de France – 9782715245297 – 17 €


Les critiques de la rentrée littéraire 2017


Rentrée littéraire 2017, la fashion week des libraires

 


Pour approfondir

Editeur : Mercure De France
Genre :
Total pages : 192
Traducteur :
ISBN : 9782715245297

Une fille, au bois dormant

de Anne-Sophie Monglon

Ton sommeil c’est d’abord ça, la tentation d’être ailleurs, l’obsession par moments, à d’autres la dispersion, l’engagement comme un mot abstrait, le voyage dans le passé, le futur, le vague, le refuge dans la forêt. Lorsque Bérénice Barbaret Duchamp, trente-trois ans, cadre dans une grande entreprise de communication, rentre de congé maternité, elle sent qu’on la regarde différemment. En son absence, des changements notables ont eu lieu. Progressivement elle est mise à l’écart. Bérénice, qui n’a jamais cherché à être en première ligne ou dans la lumière, aurait tendance à accepter la situation, comme anesthésiée. Mais son mari et son amie Clara la secouent : elle doit se battre! À la faveur d’un stage de développement personnel – "placer sa voix pour trouver sa voie" –, elle se lie d’amitié avec Guillaume, le formateur musicien. Chez le jeune homme, elle décèle un possible alter ego. Cette rencontre, conjuguée avec les sollicitations toujours plus urgentes de son nourrisson, lui donnera peut-être la volonté de se réveiller. Avec ce premier roman, Anne-Sophie Monglon peint la trajectoire d’une femme moderne confrontée à la violence du monde du travail, qui tente de se réapproprier sa vie et de lui donner un sens.

J'achète ce livre grand format à 17 €

J'achète ce livre numérique à 13.99 €