Une fille qui brûle, quand une amitié part en cendres

Clémence Holstein - 15.05.2018

Livre - amitié enfance - souvenirs deuil - amies enfance deuil


C'est à travers des personnages qu'on croirait presque connaître que Claire Messud, dans La fille qui brûle, raconte l'amitié au cours du temps, les méandres que l'adolescence lui fait suivre. Impitoyablement.

 


 

Claire Messud offre une Histoire de l'amitié. Non seulement une histoire d'amitié, comme elle aurait pu le faire en donnant à ses personnages et à leur histoire des caractéristiques hors du commun. Mais elle se coltine à une histoire, si ce n'est universelle, du moins commune, largement partagée par chacun d'entre les lecteurs : celle de la perte des amours d'enfance et des premiers deuils à traverser. Sa narratrice, Juju, adolescente ordinaire nous entraîne sur le chemin qui mène d'un âge à l'autre. Toujours interrogeant les raisons des métamorphoses de cette période et leurs irrémédiables conséquences.
 

Julia et Cassie se connaissent depuis toujours. Amies siamoises, copines jumelles, elles savent tout l'une de l'autre et se fraient ensemble leur chemin vers l'adolescence.
L'été précédant leur entrée en cinquième, elles fuient leur petite ville de Royston, dans le Massachusetts, par le biais de l'imagination. Enfoui au milieu d'une forêt subsiste un ancien asile dans lequel elles s'inventent des vies dangereuses.
Et puis le quotidien reprend son cours, elles ne sont plus dans la même classe, se font de nouveaux amis et s'éloignent peu à peu. Élève studieuse, Julia se prépare pour le concours d'éloquence tandis que Cassie entame de mauvaises fréquentations.
Julia observe, impuissante, son amie de toujours lui échapper et se fondre dans la peau, à vif, de quelqu'un qu'elle ne reconnait pas. Jusqu'à ce que Cassie disparaisse. 

 

En effet, l'auteure cultive le mystère dans cette histoire dont les véritables tenants et aboutissants demeurent incompris. Elle laisse planer les doutes les plus sordides et les plus fantasmés. Impossible ! Et pourtant, qui n'a pas dans notre société actuelle pensé toutes ces choses horribles qui peuvent arriver à une jeune adolescente « perturbée » ? Ou même entendu des faits réels relatant ce que l'on pensait n'être que le fruit de notre imagination ?

L'on retrouve ici les souvenirs de peurs adultes ou adolescentes concernant la petite fille qui grandit. Une petite fille qui grandit, ce n'est pas un petit garçon. Et en sont habilement soulignées les particularités. L'on entend bien les questionnements que la société pose par rapport aux toutes jeunes adolescentes et aux dangers qu'elles courent ou qu'on croit qu'elles courent. Car Claire Messud insinue le doute, et nous invite à continuer de réfléchir à la pertinence de ces peurs et à l'habitude douteuse que l'on en a.

 

Julia et Cassie nourrissent une amitié enfantine pleine de rêves et de magie dans la forêt interdite. Leur lien de meilleures amies depuis toujours n'a rien que de très familier. Et précisément, chacun y peut retrouver une histoire de ce genre, la sienne ou celle d'un autre et revoir le film de ces liens d'enfance que l'on pense indéfectibles.

Qui finalement se délitent. Simplement parce qu'ainsi va la vie. C'est le moment de cette quête identitaire qui écarte les routes et impose les premières grandes déceptions. La narratrice, sans larmoyer, transmet au lecteur le poids de cette épreuve et la force du lien enfantin qu'elle doit reléguer en mémoire. Auquel elle doit renoncer car l'enfant qu'elle aimait tant n'existe plus. Elle relègue en mémoire mais sûrement pas aux oubliettes car Juju ne serait pas Juju sans ce qu'elles furent Cassie et elle. De l'importance des expériences d'attachement de jeunesse.

 

La narration est très fluide et vous plonge sans crier gare dans la vie de ces deux petites puis jeunes filles. La narratrice est attachante et juste. Elle pose un regard questionnant sur les trajectoires de chacun et les relations qu'ils entretiennent, sur ce qu'ils cachent, taisent et qui sépare. Elle entend aussi peu à peu l'illusion du réel et la solitude de l'individu que l'enfant qu'elle était n'envisageait pas. Mais que l'adulte qu'elle devient doit regarder en face.

 

C'est du grandir qu'il est question dans La fille qui brûle. Grandir chacun à sa façon, chacun avec ses armes. Et tout le monde ne dispose pas des mêmes, loin de là.

 

 

Claire Messud, traduit de l'anglais par France Camus-Pichon - La fille qui brûle – Editions Gallimard – 9782072734878 - 20€

 


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